
Laurent CORVAISIER a rapidement capté l’attention de l’auditoire grâce à sa façon directe et franche de se présenter et de parler de son oeuvre. La singularité de son discours, proche parfois de la confidence, très souvent complice, mêlé de touches d’humour, enjoué et partageur, a fait mouche.
Ce dessinateur-né a vu ses talents mis en valeur par sa mère, qui avait senti l’intérêt de le pousser dans la voie artistique. Né au Havre, il a vite appris à rêver de voyages sur le Normandie ou le France, et à s’éprendre de peintures d’autres natifs, Claude Monet, Raoul Dufy, Georges Braque, Jean Dubuffet…
Laurent a eu la joie de pouvoir y peindre un bus, extérieur et intérieur !

Lui-même ne s’est d’ailleurs pas éloigné de cette côte, puisque sa maison est près de Pourville-sur-mer, non loin de Dieppe.

Ses études l’ont amené à Paris, à l’école Duperré (arts appliqués), puis à l’Ecole Nationale des Arts décoratifs, où il a étudié la gravure. Aujourd’hui il enseigne dans la section « illustration » du lycée d’arts graphiques Corvisart à Paris.

Voyageant beaucoup dans le vaste monde pour des résidences ou des expositions, il en a rapporté mille images :


Il nous a dit ses bonheurs familiaux avec sa femme Klara, graphiste, et ses enfants, garçons et fille.

Il nous a dit son décalage d’avec la vie courante, son inaptitude à conduire par exemple, à satisfaire aux petites obligations pratiques de la vie quotidienne. Il dit qu’il est un « cas », comme le sont beaucoup d’artistes.
Mais un cas qui va bien parce qu’il a trouvé sa voie grâce à la création permanente, à l’enseignement qu’il donne et aux choses qu’il apprend de ses étudiants et généralement de tous ceux qu’il rencontre.

Il appelle « travail » chacune de ses activités parce qu’aucune ne le laisse en repos. Son enseignement, c’est l’occasion de s’instruire et de se perfectionner dans les échanges constants avec ses étudiants et ses collègues. Voyager, c’est emporter des carnets pour dessiner sans cesse, observer tout ce qui passe, ressentir, créer des liens, laisser des traces. Créer des œuvres personnelles, c’est souvent faire du neuf en lien avec ses souvenirs.

Trouver des moments suspendus, qui sont de vraies courtes vacances, c’est par exemple enfourcher son vélo pour aller au Louvre. Ainsi travaille-t-il sans cesse parce que c’est le moyen « d’ouvrir des pistes ».
Pour créer, il lui faut toujours le même format de carnet, le même papier d’art ( BSK RIVES 250g.), 2 ou 3 couleurs, le même minutage (1 portrait/1 heure ; 1 livre/3 semaines). Il lui faut d’abord observer scrupuleusement, puis laisser remonter les bribes des souvenirs enfouis, faire monter l’émotion, saisir le vif dans l’inerte.
Il dit que ses dessins sont « atmosphériques ».

Il fait vite, il simplifie, et avec souplesse, les formes « se répondent les unes aux autres », il n’est question que de rythmes, jusqu’à ce que, dans une tension finale, la vie se manifeste et signe l’achèvement de l’œuvre.
C’est pour cela qu’il se dit artiste et non artisan.
Laurent illustre des livres pour enfants, mais il ne travaille pas pour les enfants. Les éditeurs jeunesse le sollicitent et non l’inverse. Par exemple trente livres chez Rue du Monde ! Il dit que c’est une chance de travailler avec Alain Serres, un si grand poète.

Et il a la chance d’illustrer de la poésie, car celle-ci permet « d’accéder à la liberté ». Dans ses images, il met des ombres qui ouvrent à du mystère, il met des choses bizarres, « tordues », « en déséquilibre ». Peut-être pour pouvoir, par de soudaines lignes droites, régler son compte au désordre et se rétablir dans un cadre affermi.

Il aime les regards perdus, les yeux fermés. Il aime les visages totémiques, tel celui de Klara, qui est ainsi présente un peu partout dans les peintures.

Sa couleur préférée est le bleu, avec toutes ses nuances. Car il est en quête de profondeur, on pourrait dire d’extra-lucidité.

Il nous a apporté les illustrations originales du livre Ce que poète désire: une anthologie de poèmes pour la jeunesse d’Abdellatif Laâbi.

Il nous a montré aussi des images de L’appel du large, album écrit par Cathy ITAK, au service duquel il a mis ses dessins après un long dialogue avec l’autrice.

Laurent Corvaisier serait-il un enfant qui continuerait toute sa vie à « se raconter des histoires» ? Ce n’est pas une évidence, car il aime aussi les « idées frontales, très directes » et grâce aux commandes du Monde et à sa propre capacité à produire rapidement, il sait réaliser des dessins de presse percutants qui lui confèrent un rôle social d’adulte investi.
Ainsi a-t-il illustré un dossier sur les effets de la dissolution de l’Assemblée nationale :

Et voici une autre illustration parlante sur le thème de l‘inceste :

L’intime qu’il infuse en lui est celui qu’il perce dans les autres. C’est la sève sensible qui, loin d’éloigner du monde ce créateur, l’y propulse en le plongeant dans des réalités parfois rétives, brutes ou cruelles.

Une habitante de Douchy-les-Mines (commande publique)
On pourrait se rappeler ce mot d’Arthur Rimbaud: « Le poète se fait voyant ».
A la fin de son exposé, Laurent CORVAISIER, nous a invités à regarder une photo de Marco Giacomelli, qu’il tient pour le plus grand des photographes.

Totem, fétiche, talisman ?
Son projet de janvier 2026 : Une exposition de paysages à Souillac

Retours de l’auditoire
Si vous souhaitez en savoir plus sur Laurent CORVAISIER, suivez ce lien:
https://www.ricochet-jeunes.org/articles/rencontre-avec-laurent-corvaisier-un-humain-qui-peint-de-la-poesie-jeunesse
Cette rencontre fut un pur bonheur: c est effectivement un humain qui peint.
Beaucoup de générosité, de candeur sans être naïf, et un état d esprit ouvert , curieux et toujours dans l’ envie de comprendre, de saisir la vie.
Un peps qui fait du bien.
Laurent Corvaisier est un grand artiste qui a su nous captiver, nous emporter en voyage à travers son œuvre.
Pour moi une des meilleures rencontres à laquelle j’ai assisté. Et non dépourvue d’humour ce qui n’est pas négligeable…
Une dimension humaine (ou humaniste?), un mélange de
simplicité, de confiance envers son public, de sincérité, de
spontanéité.
L’album que nous avons acquis pour notre bibliothèque associative est :

Entrez dans l’atelier d’un peintre ! Promenez-vous parmi les mélanges de couleurs sur sa palette, découvrez toutes les étapes de la réalisation d’une toile, vivez l’angoisse et le bonheur d’une grande exposition, plus encore, remontez avec lui sa vie jusqu’aux rues de son enfance où déjà il dessinait, il apprenait… Au travers de l’oeuvre du peintre et illustrateur Laurent Corvaisier, cet album invite chacun à un fascinant voyage au pays de l’art et de la création (notice Babelio).
Sa dédicace
