Catégorie : Retour sur une Rencontre

Nos retours sur une rencontre avec un pro de la littérature jeunesse (autrement appelés « retours sur image »)

Retour sur image de notre Rencontre avec Pascale BOUGEAULT le jeudi 16 décembre 2021

De L’HUMOUR AVANT TOUTE CHOSE

      Pour son entrée en matière, c’est à l’humour qu’en appelle Pascale BOUGEAULT : on s’amuse avec elle de voir piratées Les taches du léopard, traduites en kurde sous le manteau ; ou encore d’apprendre qu’en voulant s’immerger chez des Guadeloupéens, elle se retrouve au beau milieu d’une famille…Afghane. Pascale BOUGEAULT prendrait-elle les choses comme elles viennent, avec un sourire, et en rêvant par là-dessus ? Pas vraiment…

Puis une IMAGINATION CREATRICE

Certes, son humour est présent, surtout quand il s’agit de mettre en scène des êtres ou des objets fragiles, et c’est une jolie façon d’aborder le sujet. Ainsi, quand, dans un musée, elle s’assoit devant un petit chapeau philippin figurant un visage et ses deux oreilles, voilà que son récit s’enclenche : partant du visage elle crée un corps, du corps elle passe au contexte, du contexte elle en  vient à l’histoire de l’objet ; et d’un objet à l’autre, elle aboutit à un catalogue vivant des arts premiers. Son imagination associée à sa culture anthropologique  fait merveille. Le processus : s’étonner, sourire et faire éclore.

Tout en entrant DANS LA VERITE DU MONDE VECU

Par ailleurs, se poser, prendre son temps, regarder, croquer à l’infini dans le chocolat des images et des sons, cohabiter, se fondre dans le paysage comme un chat familier, regarder à distance, se loger dans une bulle de savon, voilà sa façon de faire pour partager le quotidien des familles, des enfants, habiter leur espace intime, percevoir « l’ambiance, la musique, les voix, les cris »  et partager les ressentis de l’autre dans le « le souffle du vent et la chaleur ».

Pascale rassemble dans ses carnets de croquis des éléments innombrables, et un jour se tissent entre eux des liens et une histoire nait ; magie des transformations : la forme précède la pensée, laquelle produit une autre forme ; dans l’acuité du regard patient, les choses se mettent à parler. Que montre l’autrice-illustratrice ? Aussi bien une scène vue que le ressenti des personnages et aussi le sien propre ; la façon de voir de Pascale ressemble ainsi beaucoup à celle de la Réalité Virtuelle : présente-absente-très présente, elle s’immerge, elle voit les scènes et leur décor, elle les ressent, elle intègre le ressenti des personnages et des animaux.

Avec son désir de montrer une vérité encore plus vraie, Pascale se situe au croisement du constat et de la mise en scène : des personnes parfaitement identifiées sont aussi des personnages imaginaires. En ce sens, on peut parler chez elle d’un art sorcier fondé sur l’intégration, l’imprégnation, l’infusion.

Mais il y a aussi CHEZ ELLE DES ENGAGEMENTS

Car au sein-même de cet humour et dans ce perçant regard d’aveugle, c’est un dessein tenace et des certitudes qui se logent, un peu comme chez le KIPLING de La lumière qui s’éteint. Pascale BOUGEAULT nous fait entendre ses convictions. Avec son album Comment maman a tué le chef des Pamplemousses, elle nous dit son engagement à ne pas laisser de côté les sujets qui peinent les enfants ou qui fâchent les parents : la maladie, la mort, le divorce. Dans son album De quelle couleur es-tu, elle ose enfreindre le silence qui entoure aux Antilles (et ailleurs) le tabou du « colorisme », conséquence perverse du colonialisme. En leur montrant les figures héroïques de leurs ancêtres, au rebours de la mode des héros modernes, elle permet aux enfants de valoriser l’univers de leurs grands-parents. Sans ses engagements profonds, Pascale travaillerait-elle autant, alors qu’elle circule partout dans le monde, et pourrait se complaire dans ce divertissement ? Non, elle a en elle une volonté: celle de communiquer aux enfants, dans un monde aux fractures inédites, de l’espoir, de l’énergie, de l’optimisme.

Un chemin est ainsi proposé par elle à la littérature jeunesse : être complice de l’enfance, regarder et dire le vrai, faire valoir ce qui a un sens et délaisser le sensationnel, dégager les valeurs, enseigner un savoir-vivre.

Voilà ce que Pascale BOUGEAULT a voulu nous faire partager. Elle souhaitait compléter son propos par la video « Trombino » ;  allons donc la voir sur son site: 

https://www.pascale.bougeault.illustratrice.org/

Le LIVRE QUE NOUS AVONS ACQUIS POUR NOTRE BIBLIOTHEQUE

et que nos adhérents pourront désormais emprunter, c’est

Nous l’avons sélectionné parce qu’il est agréable à lire, facile à comprendre par les enfants et rempli d’un humour et d’une gentillesse propres à désarmer la violence ordinaire dans les relations, même enfantines. Nous l’avons choisi aussi parce qu’il est un livre engagé.

A cette lecture, nous pourrions associer celles du Chemin de Jada et de Comme un million de papillons noirs, de Laura NSAFOU (Ed. Cambourakis), albums découverts lors de notre Rencontre du 18 novembre 2021.

Retour sur Image : Delphine Chedru, autrice et illustratrice

RETOUR SUR NOTRE RENCONTRE DU  10 DECEMBRE 2020

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Delphine CHEDRU, c’est d’abord un sourire quasi permanent, un rire communicatif. Elle nous a précisé qu’elle travaille en atelier, en compagnie de confrères avec lesquels elle partage souvent des idées, elle échange des conseils (sauf sur le choix des couleurs !).

Dès le début de son intervention, sa voix claire et limpide a capté notre attention, et elle nous a fait découvrir ses influences :

  • Son aïeule a été un facteur déterminant : « Petite, j’attendais avec impatience le cérémonial de la lecture des « Histoires comme ça » de KIPLING, institué par ma grand-mère paternelle. Lectrice de talent, sa voix m’a légué le goût de l’image, du texte, de la poésie et de l’absurde… » ; 
  • Paul Emile VICTOR avec « Apoutsiak »
  • Maurice SENDAK : « Max et les Maximonstres » ; 
  • Elia et Enzo MARI, éditeurs italiens de « L’œuf et la poule » ; 
  • « Les contes du chat perché » de Marcel AYME ;

Et Eugène IONESCO, et Chihiro IWASAKI  pour son illustration de « Mon oiseau est revenu » de Maurice COCAGNAC…

Delphine CHEDRU nous a confié qu’elle n’a pas conservé ses jouets de jeunesse ; mais elle a gardé ses livres d’enfant.

Son parcours professionnel commence par le graphisme. Le dessin va suivre, puis l’écriture elle-même. Pour elle, le dessin et le texte sont indissociables, sans doute parce qu’elle était douée pour les deux matières (elle avait été tentée par des études en Hypokhâgne). Ses albums sont toujours construits autour d’un thème ou d’une idée qui vont la conduire à une histoire.

Puis le dessin prend forme. Ou plutôt les dessins. Car il y a toujours plusieurs tentatives, parfois de nombreuses esquisses, avant de parvenir à l’illustration définitive, celle qu’elle va retenir pour son ouvrage. Ainsi, pour la couverture de « L’Arbrier », il y a eu une quarantaine d’essais. 

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Ses divers éditeurs l’obligent à diversifier les modèles de ses dessins. Elle puise alors son inspiration dans les choses simples de la vie : un emballage-papier ou le dessin d’un papier-peint sur un mur peuvent l’inspirer, et susciter une idée d’illustration. Le choix des couleurs est primordial. A partir d’une gamme précise et limitée, elle va procéder à des coupages, des mélanges qui la conduisent au but recherché. Ainsi, le blanc de « Nuit polaire » ou de « Jour de neige » n’est pas un blanc ordinaire, une simple transposition : c’est le résultat d’une recherche, d’un tâtonnement et de nuances insoupçonnées. 

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Pareillement, « Quand tu dors », « Bonjour, au revoir », « La princesse attaque » et d’autres titres sont remplis de tonalités de bleu, noir, jaune, gris ou rouge.

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Dans le texte lui-même, il y a une recherche de la musicalité, de l’harmonie des sons contenus dans la phrase, comme dans « Papa, maman » : l’ensemble doit être agréable à l’oreille.  

Il y a aussi les livres-jeux, principalement destinés à faire participer les enfants, à mettre en place l’interactivité : jeux visuels dans « Paul a dit », jeux narratifs (choisir un bon chemin), jeux gestuels (remplir des trous dans le carton du livre), jeux de règles (suivre un chemin avec le doigt). 

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Au fil des minutes, nous avons découvert une autrice qui aime profondément ce qu’elle fait. Même si elle affirme que ses ouvrages sont également destinés aux adultes, les enfants sont au centre de son œuvre : 

  • Dans ses lectures aux enfants, elle aime constater les réactions positives, même chez les tout-petits qui ne comprennent pas tout, mais qu’elle fait rêver et qu’elle laisse imaginer, et qui devinent peut-être le parcours de l’abeille dans « Bzzz » ;
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  • Elle conserve les mots inconnus pour eux dont il faut parfois expliquer le sens, comme le faisait sa grand-mère ;
  • La lecture n’est pas forcément relayée par un adulte : l’enfant peut essayer de feuilleter, de déchiffrer les dessins sans connaître le texte.

 Son travail est resté artisanal même si elle utilise un ordinateur, et il n’interfère pas dans sa vie privée. 

En définitive, nous avons été subjugués par Delphine Chenu, à la fois créatrice imaginative, poétesse, exigeante et conteuse de talent : sa lecture d’un extrait de « Bzzz » était très évocatrice et réaliste.

            Elle nous a confié avoir conservé ses livres de jeunesse. Après son exposé, nous sommes persuadés qu’elle a aussi gardé son âme d’enfant.

  • Maurice COCAGNAC : Aumôniercatéchiste de l’École alsacienne et très apprécié par les enfants, il publie aussi pour eux une quarantaine de petits livres illustrés – « les Albums de l’Arc-en ciel », de 1963 à 1968, puis « les Contes du hibou » et « la Rivière enchantée ». Dès 1964, il fait appel à d’autres artistes (Jacques Le Scanff, Alain Le Foll, Bernard Gibert, Chantal Biso-Masnou) pour illustrer ses albums pour enfants ; après 1970, il sollicitera le concours de conteurs et de peintres japonais pour réaliser d’autres livres encore plus originaux. (Source : Wikipedia)

Retour sur Image : Clémence Pollet, illustratrice

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RETOUR SUR NOTRE RENCONTRE DU 10 NOVEMBRE 2020

Clémence POLLET est née dans une famille où on lisait des histoires aux enfants le soir. Ses parents ont favorisé son goût inné pour le dessin quand, petite, elle faisait des croquis sur ses carnets de voyage. Plus tard elle a eu la chance de faire de longues études artistiques, sept ans entre l’Ecole Estienne et les Arts décoratifs de STRASBOURG.

Au départ, elle avait des références très classiques, comme celle de Claude PONTI. Et puis, dans le grand Est, elle a appris le monotype et aussi la sérigraphie, qui utilise peu de couleurs mais dont les contraintes rendent les images plus fortes. Dans l’Est, elle a découvert les jeux populaires imprimés du début du XXème siècle, et les animaux sérigraphiés du Bestiaire du Gange, de Rambharos Jha. Et elle s’est laissée inspirer par Romance, de Blexbolex.

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Et  puis au fil de ses séjours Erasmus en Italie et de ses voyages (Petra…), elle a découvert in situ les maîtres du Trecento et de la Renaissance, comme Fra Angelico, Gozzoli et Giotto, et ressenti une succession de chocs esthétiques, par exemple à la chapelle des Scrovegni de Padoue. Son univers en a été bouleversé.