Retour sur une rencontre avec Frédéric MARAIS, le 13 novembre 2025.

Retour sur une rencontre avec Frédéric MARAIS, le 13 novembre 2025.

Frédéric Marais a rendu hommage à l’artiste qui l’a formé pendant 10 ans, Vera Braun Lengyel, présentée comme une rescapée et une résistante. Elle lui a appris les techniques de la peinture à l’huile. Elle lui a fait connaître les maîtres, d’où il a tiré une grande admiration pour Matisse. Très important aussi, elle lui a appris à réfléchir avant de faire, ce qui, dit-il, est à l’inverse de ce qui se fait maintenant.

D’où vient sans doute que Frédéric écrit toujours avant de dessiner, moyennant de longues recherches documentaires et stylistiques : soit 2 mois d’écriture, 1 mois de dessin. La page blanche le stimule, l’obligeant à chercher.

« L’important c’est l’histoire, posée dans un écrin d’images. »

Depuis sa jeunesse, ses sources d’inspiration sont souvent des personnages emblématiques et épris d’humanité : les Alain Bombard, Haroun Tazieff, Jacques-Yves Cousteau,  Henry de Monfreid, Joseph Kessel.

Sur les traces de ces grands aînés, il a toujours eu besoin d’explorer, de découvrir, de se familiariser avec les différences.

Professionnellement, il a démarré dans la publicité, comme tant d’autres que nous avons déjà rencontrés, Hervé Tullet, Rémi Courgeon, Zaü, et comme son ami Thierry Dedieu, Pour les besoins de son métier, ou seul, ou en famille, il a beaucoup voyagé aux quatre coins du monde.

Mais en 2011, il rompt avec un métier qui, dit-il, l’enferme, et se lance dans la création d’un premier album, Sequoyah, texte et illustration, avec l’appui de Thierry Magnier et de Valérie Cussaguet, qui l’éditeront. Un voyage en Californie et la visite du Parc des séquoias a fait basculer l’orientation de son imaginaire, et désormais il se passionnera pour des destins méconnus et incroyablement fertiles.

Il travaille ses capacités artistiques et littéraires, il cultive la recherche, il s’inspire de la musique, afin de « repousser l’obscurantisme et ses ténèbres ». Il nous cite un maître en écriture, René Char, poète et résistant, qui a écrit : « Enfonce-toi dans l’inconnu qui creuse. Oblige-toi à tournoyer ».

La guerre des mots, illustrations de Thierry Dedieu

Avec son tempérament plutôt rebelle, il n’a pas voulu être attaché à une maison d’édition, il a voulu choisir ses éditeurs et ceux-ci ont été nombreux : Thierry Magnier, Sarbacane, Les Fourmis rouges, Saltimbanque, Hongfei Cultures, Seuil jeunesse. Il a une prédilection pour les petites maisons indépendantes.

Un contexte d’amitié l’aide à créer, en témoigne la longue collaboration avec Thierry Dedieu.

L’illustration vient ensuite, à l’aide d’une palette graphique. Avec son expérience de publicitaire, il définit les formats, choisit les typographies, il les propose aux éditeurs.

Il suit le rythme des couleurs ; ce sont des couleurs franches, il n’aime pas les nuances, les demi-tons ; Il aime « dessiner avec la lumière ». Par exemple, dans Yasuke, le blanc, qui va, disparait et revient, agit comme une note de musique.




Dans ses dessins, dans ses couleurs, on décèle l’influence d’Henri Matisse, et la réminiscence de ses papiers découpés.

Matisse, découpages

Frédéric s’est attardé pour nous sur plusieurs albums, aimant les partager « comme un pâtissier ».

D’abord Sequoyah (2011), qui raconte le destin d’un indien Cherokee inventeur d’un système d’écriture à partir de lettres récupérées de notre propre alphabet, encore en usage de nos jours. Sur la couverture et comme en contre-point, Frédéric Marais a imposé la merveilleuse écriture guèze.




Puis, Ephémère (2013), qui s’inspire de ces mots d’André Malraux : « La vie ne vaut rien, mais rien ne vaut la vie ». C’est l’histoire d‘un insecte qui défie les prédateurs et refuse son destin, mais qui finira quand même par périr… sous une bouse de vache.




Ottoki (2013) met en scène la rencontre d’un Inuit et d’un astronaute perdu. En indiquant au scientifique comment retrouver sa route à l’aide des constructions de pierre traditionnelles dites « inukshuk », l’Inuit rappelle qu’on « doit toujours apprendre des peuples anciens ».




Ensuite, Didgeridoo (2014) , dont Frédéric nous a fait une lecture,est un album poétique, dont les mots tentent de dessiner le son vibrant de cet instrument de musique à vent extrêmement ancien, utilisé par les aborigènes d’Australie. D’où s’élance le conte pour montrer que la musique « aide à se tenir debout » dans un monde souvent bien pesant.

Yasuke (2015) est le récit d’une vie légendaire extraordinaire, celle d’un éthiopien qui, au fil de bien des tribulations , deviendra le premier samouraï noir du Japon. Tout, dans cette histoire, nous dit Frédéric, est inspirant : la fin des empires noirs, l’enfant qui réchappe à un destin fatal, la migration, l’intégration. L’histoire de Yasuke a d’ailleurs produit des livres pour enfants, des BD, des mangas, des films, des statues, des jeux videos, et même le nom d’un restaurant parisien à la mode (Mosuke). Et ce morceau de rap du groupe IAM :

Inscrit au programme de la Semaine de la francophonie d’Addis-Abéba en 2025, Yasuke a été confirmé comme un ouvrage fédérateur, intéressant tous les âges. Il a été traduit en amharique et en oromo.




Toute une histoire pour un sourire (2019), album illustré par Emilie Gleason, démontre la puissance du langage non-verbal.




Le pousseur de bois (2020) met en valeur le jeu d’échecs, un jeu très formateur qui a circulé de l’Inde au monde arabe avant d’arriver en Europe. Avec cette histoire, Frédéric Marais nous parle d’émancipation, d’ouverture culturelle, et de la transmission pacifique de la passion.




Tomber 8 fois se relever 9 (2024) relève d’une découverte fortuite, celle de la tombe d’Eugène Criqui au cimetière de Pantin. Quelle épopée, celle de ce petit boxeur parisien du 20 ème arrondissement qui sera une des gueules cassées de la guerre de 14, et qui deviendra malgré tout champion du monde de boxe anglaise en 1923. La boxe, c’est quand même mieux que les MMA !

Dans tous les albums, des constantes : une indocilité de principe, un esprit de résistance, une volonté de ne pas transiger sur ses idées, sur sa morale, et de ne pas faire honte à ses propres enfants. A travers ses héros masculins, et dans l’état d’esprit de quelqu’un qui ne cède pas aux sirènes de la modernité, Frédéric Marais nous rappelle que toutes les valeurs n’ont pas été balayées et qu’un individu a toujours des choix à faire comme pour répondre à l’injonction de René Char :

« Il n’y a que deux conduites avec la vie :

ou on la rêve ou on l’accomplit ».

Les retours d’après-séance avec Frédéric Marais ont mis en avant la force de son graphisme, l’intensité de ses coloris et son exigence envers lui-même.

Pour notre bibliothèque associative, nous avons acquis

En Inde, un vieil homme offre un trésor à un petit mendiant : quelques pièces de bois. L’enfant est déçu mais lorsque le vieux se met à les pousser et à conter batailles et expéditions, il se rêve en héros d’aventures. Ainsi initié aux échecs, l’enfant se révèle être un prodige. Alors on l’envoie se mesurer aux meilleurs joueurs du monde… Des années plus tard, couvert de gloire, le champion est de retour au pays. Un jour, il s’arrête à son tour devant une petite mendiante… ( Notice de l’éditeur )

Les Actus de Marie Lou, janvier 2026

Voilà une nouvelle année qui nous promet de belles surprises et des beaux moments de partage…

Autour du Salon de Montreuil (https://slpjplus.fr)

Lettres du 15 et 22/01/2026

Les webséries sont de retour sur YouTube : les nouvelles saisons de « La pause Kibookin », » Du bout des doigts », « Les éditeur.rices se livrent », » En cuisine » et » Le Grand Paris du bout des doigts « vous réservent de belles surprises.

Sur le site Kibookin

En plus de la sélection par tranches d’âge, la Pause Kibookin nous présente le scénariste de bandes dessinées Fabien VEHLMANN qui se confie sur son expérience de lecteur et son travail d’écriture.

Actualités éditeurs/auteurs

HongFei nous fait découvrir :

  • Si j’étais ministre de la Culture, de Carole FRECHETTE et Thierry DEDIEU : que serait notre monde sans culture ? Un manifeste aux couleurs de la résistance, pour exprimer et partager une conviction profonde avec fougue et humour ; dès 8 ans.
  • C’est comme ça que je t’aime, de Gan DAYONG : Petit Lapin demande à sa maman si elle l’aime vraiment. Avec sa maman Petit Lapin apprend ainsi à reconnaître les signes d’expression de la tendresse, avant de trouver comment dire les choses à sa façon ; dès 4 ans.

L’école des loisirs revient avec 3 aventures d’Olie-Boulie, de Claude Ponti ; dès 2 ans :

  • Les trois collectiones 
  • Madame-neige 
  • La monstre

Les Grandes Personnes conseillent :

  • L’évasion, de Vincent BROQUAIRE : avec poésie l’auteur orchestre une grande évasion, non pas du lecteur mais des personnages du livre eux-mêmes ; pour tout public.

L’Etagère du bas présente :

  • Mamita Sandwich, de Julien BAER et Camille de CUSSAC : un sandwich puissant à l’omelette, un hot-dog, un pan-bagnat, voilà un exemple de ce qu’on peut trouver dans le grand panier de Mamita Sandwich. Mais pourquoi et qu’est- ce qu’elle fait avec tous ces sandwichs ? Dès 5 ans.

Hélium propose :

  • Nom d’un ours, de Marco VIALE : l’album bouscule nos idées préconçues sur les ours, qui ne sont pas forcément les rustres que l’on croit ; dès 4 ans.

La Partie nous informe que

  •  La série des petits imagiers de Janik COAT s’agrandit avec 2 titres : La montagne et La maison de Bernie : avec ses images au pochoir et son petit format, cette série est parfaitement adaptée aux petites mains ; dès 1 an.

Talents Hauts conseille :

  • Le vilain roi Vikain, de Céline CLAIRE et Laura GIRAUD : 4 enfants grandissent dans un pays magnifique, mais les habitants y vivent dans la peur. La faute au tyrannique Roi Vikain qui impose des règles absurdes. La révolte gronde et les enfants mettent le feu aux poudres. La force de l’enfance face à la tyrannie : un message universel ; dès 3 ans.

Cot Cot Cot éditions présentent

  • Préparer le bouillon, un album coréen de Lee SANGKYO § BAMCO (traduction par C. Gryson) : la préparation d’un bouillon à base d’anchois donne lieu à un ballet comique et tendre entre un père et son enfant. Le bouillon réconforte aussi bien le ventre que les cœurs ; dès 3 ans.

(Lee Sangkyo a reçu plusieurs distinctions littéraires et Bamco a reçu une mention spéciale en 2020 à la Foire de Bologne.

Des nouvelles d’une ancienne invitée :

Lucie FELIX, notre invitée en 2022, nous annonce La machine à confettis  (chez Les Grandes Personnes) : Et si tourner les pages devenait un jeu ? Ce livre invite à lire autrement ; dès 18 mois.

Lucie Félix est sélectionnée pour le prestigieux prix Astrid Lindgren Mémorial Award 2026. Ses livres objets ont apporté un véritable renouveau dans le livre pour les tout-petits.

Voir aussi : https://lire95.fr/retour-sur-la-rencontre-avec-lucie-felix/

Et aussi :

Le musée Guimet se met à l’heure du manga : l’exposition exceptionnelle Manga tout un art s’adressant à toutes les générations pour redécouvrir leurs héros emblématiques (6 place d’Iéna, Paris 16ème ; jusqu’au 9 mars 2026).




La ville d’Argenteuil organise son 13èmeSalon du livre du 7 au 8 février 2026 en collaboration avec son partenaire, la librairie Le Presse- Papier, au Lycée Julie-Victoire Daubié, 9 rue Louis-Massignon. Thème :
Elle court la Banlieue.

C’est la Fête du livre à Domont :

la Salle des Fêtes Régis Ponchard accueillera la 29e édition de la Fête du Livre organisée par

ADL, Association pour le Développement de la Lecture. Du 14 au 15 février, de 10h à 18h, 4, Rue de la Mairie.

A bientôt

Marie Lou

Les Actus de Marie Lou, décembre 2025

Cher(es) adhérent(es),

Encore quelques idées et de belles pépites pour terminer l’année…

Autour du Salon de Montreuil (https://slpjplus.fr)

Voici les pépites sélectionnées au Salon de Montreuil :

Pépite album illustré :

Pavel et Mousse, d’Aurore Petit (chez les Fourmis Rouges) : Pavel, un lapin ordinaire trouve un bébé panda dans la forêt et l’adopte. Lorsque Mousse grandit, il ressemble de plus en plus à un panda, ce qui suscite des questions de parentalité et de construction de l’identité ; dès 4 ans.

Pépite fiction junior :

La jeune fille au crâne, de Benoît Richter (chez Nathan) ; dès 10 ans.

Pépite bande dessinée :

Sangliers, de Lisa Blumen (chez L’Employé du Mai) ; dès 12 ans.

Pépite fiction ados :

Courir le vaste monde, d’Alex Cousseau (chez Le Rouergue) ; dès 15 ans.

Pépite d’Or :

Béril en bataille, de Adèle Maury (chez Sarbacane) ; dès 12 ans.

L‘exposition « L’art de l’autre » se poursuit dans les bibliothèques partenaires (dans le Val-d’Oise les partenaires sont les bibliothèques d’Argenteuil, Deuil-la- Barre, Sarcelles, Saint-Ouen-l’Aumône, Saint- Leu-la- Forêt, Auvers-sur-Oise, Roissy en France et Cergy).

Sur le site Kibookin

Kibookin présente dans la Télé du Salon, un entretien avec Benoît Jacques, distingué Grande Ourse 2025 et une interview avec Adèle Maury.

Puis voici la sélection pour les plus jeunes:

Ce petit documentaire ludique et très graphique permet d’initier les enfants au monde des insectes. L’auteur propose un jeu de devinettes à la fois graphique et sonore pour rencontrer une douzaine d’insectes communs. Chaque devinette, sur une double page, présente une étrange créature (la petite bête en bazar). La double page suivante donne la réponse avec quelques particularités de l’espèce. Le livre se termine par une partie plus pédagogique sur les caractéristiques générales des insectes.

L’hiver a recouvert la forêt d’un grand manteau blanc. Volpetto et Basile jouent dans la neige, mais ils sont un peu tristes sans leur ami Lino, le petit loir, qui lui, dort profondément, en pleine hibernation. Résignés à l’idée qu’ils ne peuvent pas le réveiller, les deux amis, pour se sentir quand même proches de lui, décident pour Noël d’aller décorer sa maisonnette, même s’ils savent que Lino ne pourra pas la voir ainsi embellie. Mais voilà, le chant joyeux d’Allegra, la mésange, pourrait bien changer le cours de la nature… et de l´histoire.

Pour la classe d’Olga, la sortie de fin d’année va se faire au bord de la mer… et déguisés ! L’excitation est à son comble ! Sauf qu’après avoir erré dans les rayons du Super Market et même essayé de fabriquer son costume elle-même, c’est l’échec et Olga monte dans le bus déguisée… en rien du tout. La honte ! Mais l’aventure ne fait que commencer !

Ce n’est que la deuxième fois que ce petit garçon voit sa grand-mère venue le garder. Il n’est pas rassuré. Elle est bizarre. Mais bientôt, cette grand-mère pas comme les autres l’invite à se transformer en jaguar aux yeux d’or, et tous deux partent à travers des paysages somptueux. Féroces, intrépides, lestes, félins, comme en rêve ils gravissent des montagnes et boivent de l’eau au goût de clair de lune…

Actualité auteurs/éditeurs

Les Grandes Personnes conseillent :

  • Voir et Savoir, de Fanny Pageaud : un livre documentaire qui initie aux bases de la botanique contenant sept chapitres (fleurs, fruits, cônes, graines, plantules et bourgeons, feuilles, arbres) magnifiquement illustrés ; dès 8 ans.
  • La lune, de Henri Galeron : dans ce conte, d’après les frères Grimm, quatre voyageurs décident de dérober la lune pour l’emporter chez eux ; dès 5 ans.
  • La traversée, de Mathilde Arnaud : un album d’une grande poésie qui nous invite à entreprendre le plus beau des voyages ; dès 3 ans.

Les 400 coups présentent :

  • Loujain rêve des tournesols, de Lina Alhathoul et Uma Mishra-Newbery avec des illustrations de Rebecca Green (prix Unicef 2026) : Chaque matin, Loujain se remémore son rêve de voler jusqu’au champs où poussent un million de tournesols. Elle a des ailes, mais là où elle vit, les filles n’ont pas la permission de voler;  dès 3 ans.

Belles fêtes de fin d’année !

Marie Lou