Auteur/autrice : FrancoisC

Retour sur une rencontre avec l’éditeur SARBACANE, le 4 avril 2024.

Retour sur une rencontre avec Gwendal Oulès,

des Editions SARBACANE, le 4 avril 2024.

        Nous avons choisi d’inviter les éditions Sarbacane, qui sont une jeune maison en plein essor, dont l’offre est très attractive, avec l’afflux de nouveaux auteurs de talent et des auteurs déjà reconnus au plan international. Gwendal Oulès, directeur de la collection éveil/petite enfance, et ancien libraire, s’en est montré un excellent ambassadeur et nous a exposé ses vues sur la littérature jeunesse.

Les ouvrages cités au fil de l’exposé :

« Les mammouths, les ogres, les extraterrestres et ma petite sœur », Alex Cousseau et Nathalie Choux, 2008 ; C’est l’histoire d’un éléphant, Agnès de Lestrade et Guillaume Plantevin, 2012 ; Coccinelles cherchent maison, Davide Cali et Marc Boutavant, 2011 ; Le Grand livre de la bagarre, Davide Cali et Serge Bloch, 2013 ; Il faudra, Thierry Lenain et Olivier Tallec, 2004 ; Les lapins peintres, Simon Priem et Stéphane Poulin, 2022 ; Un poisson dans le bidon, David Sire et Magali Le Huche, 2015 ; À quoi tu joues ? Marie-Sabine Roger et Anne Sol, 2009 ; Bien cachés…Élo, 2017 ; Mon tour du monde géant des animaux, Laure du Faÿ, 2015 ; Les tableaux de Marcel, Anthony Browne, 1999 ; La grenouille à grande bouche, Francine Vidal, 2001 ; Le Plus Grand Livre du Monde, Richard Scarry, 1986 ; Les œufs z’olympiques, Ludivine Nouguès, 2024 ; Le jour le plus long, Ronan Badel, 2023.

Gwendal Oulès nous a parlé de l’importance de la littérature jeunesse.

Cette littérature est encore jeune en soi, puisque son véritable essor est daté des années 1980. Elle a donc devant elle un immense avenir. Aujourd’hui, en France, où l’étude des contes en maternelle fait partie du socle commun, les albums jeunesse participent à la formation du jeune citoyen. Au-delà, écrits ou illustrés qu’ils sont par des adultes,  ils concernent tous les âges. Anthony Browne, auteur des Tableaux de Marcel, en disait : « Ce livre est dédié à tous les grands artistes qui m’ont donné l’envie de peindre. »

Elle est pour les enfants la porte de leur entrée dans le monde.

Dans les livres, les interactions entre les personnages préfigurent ce qui pourra arriver. Ainsi pour l’enfant  le livre est un repère fixe et rassurant dans un monde qui de prime abord est inconnu et déconcertant, voire inquiétant.     Le livre a pour vertu de permettre à l’enfant de pratiquer des expériences du monde, mais  sans danger et aussi en s’armant.

Ainsi, dans le « conte en randonnée », fruit de la tradition orale, où la fin de l’histoire nous ramène en boucle au début, la  structure répétitive organisée autour d’une quête, permet de mémoriser et aussi d’inventer. Ces éléments permettent à l’enfant de bien comprendre, placé qu’il est  dans un cadre rassurant et drôle qui lui permet de « ressentir » tranquillement  l’histoire, le texte.

Un livre permet d’éprouver la « permanence de l’objet » : ce qui existe n’est pas toujours ce qui est visible.  Les albums à volets, avec leurs effets apparition-disparition,  rassurent l’enfant, confortent le pouvoir dont il a besoin pour s’élancer dans l’histoire, une histoire qui est devenue la sienne. La première expérience d’une vie est littéraire et imaginative.

Les livres jeunesse sont découverte et appropriation des codes de l’image.

Par exemple, l’enfant apprend le sens traditionnel de l’écriture en suivant le tracé  des pointillés ou le mouvement des images. Il acquiert ainsi une compétence essentielle. Dans l’élan, il sera capable mentalement de peupler les vides que l’auteur-illustrateur laisse à dessein entourer ses images. Il sera capable de comprendre qu’un même personnage peut être représenté par des images multiples.

Peluche l’écureuil (Olivier Tallec)

Par la suite, il s’amusera des espiègleries des codes trompeurs, et des images de loups féroces mais en même temps…végétariens.  

Plus tard, il sera capable de lire avec brio des mangas où tout est à l’envers.

La littérature jeunesse ouvre le chemin à la sociabilité.

Grâce à « l’anthropomorphisation », qui consiste à représenter des animaux avec des attributs humains, convention répandue dans la quasi-totalité des livres de jeunesse, l’enfant découvre les infinies possibilités du monde exprimées par des détours.

La « théorie de l’esprit », cette capacité de se mettre à la place d’un autre, de comprendre le ressenti de l’autre,  par intelligence et empathie, est essentielle. L’enfant acquiert en moyenne section grâce aux livres, bien mieux qu’aux représentations qu’on lui fait : « mets-toi à la place de X ! »  Car les albums sont le meilleur support explicatif. Cette compétence acquise, l’enfant pourra se faire des amis.  C’est tout le sens et l’intérêt du Grand livre de la bagarre, de Davide Cali et Serge Bloch.

Elle amène l’enfant à se construire un esprit critique.

Quand le texte et image se complètent, tout va son train. Plus variés sont les albums, plus ils font de clins d’œil, plus la capacité « d’intercognicité » – reconnaître une image connue dans une image nouvelle – se développe.

Mais il arrive bien souvent que texte et image se contredisent, s’entrechoquent, par exemple dans le cas de narrateurs ou de personnages non-fiables (tel un loup rusé), ou de mises en situation paradoxales (un personnage tranquille dans une forêt menaçante ). Le livre provoque une prise (une crise ?) de conscience qui éveille l’enfant à l’esprit critique.

Alors, quel plaisir de revenir sans cesse à ses livres préférés, ceux où tout à coup, dans des éclairs de lucidité, on a vécu des instants de compréhension, d’intelligence.

Certains albums permettent d’aborder en famille, à l’école, en bibliothèque, des thèmes délicats.

Deux exemples : 

  • Un poisson dans le bidon, de Magali Le Huche et David Sire, qui aborde la sexualité.

Il faudra, de Thierry Lenain et Olivier Tallec, qui traite de l’éco-anxiété.

Ce dernier album a été au centre d’un atelier philo pour « grande section », et est souvent

acheté comme cadeau de naissance… En voici l’argument :

Et si c’était l’enfant qui décidait de venir au monde ? En tout cas, celui-là, depuis le ventre de sa mère rond comme une île, dresse un constat sans concession des maux de la planète – aussitôt balayé par sa détermination à naître finalement, en toute connaissance de cause, fort de sa volonté et de sa foi dans la possibilité de changer le monde.

La littérature jeunesse peut donc occasionner des débats, des censures ou des auto-censures.

Elle est d’ailleurs souvent une bataille assumée entre éditeurs, pouvoirs publics et lecteurs.

Loi du 16 juillet 49 : La mention de cette loi protectionniste figure dans tous les livres jeunesse.     

Dans son article 2, la loi stipule que toute publication destinée à la jeunesse ne pourra comporter « aucune illustration, aucun récit, aucune chronique, aucune rubrique, aucune insertion présentant sous un jour favorable le banditisme, le mensonge, le vol, la paresse, la lâcheté, la haine, la débauche ou tous actes qualifiés crimes ou délits de nature à démoraliser l’enfance ou la jeunesse. »

La loi ce faisant protège aussi ceux qui lisent aux enfants dans l’espace public (bénévoles, bibliothécaires,…), puisqu’ils peuvent s’y référer dans le cas où ils seraient interpellés par un tiers extérieur.

Une exposition de la Bibliothèque Nationale de France, en 2019, fut intitulée « Ne les laissez pas lire ! Cette exposition présentait une large sélection de livres pour enfants et de bandes dessinées qui, de 1904 à aujourd’hui, ont été interdits ou déconseillés aux enfants, pour des motifs religieux, moraux, politiques… Quels beaux sujets de discussion !

Nous avons demandé à Gwendal Oulès de mettre en valeur l’un de ses coups de cœur parmi les très nombreux albums Sarbacane exposés sur notre stand-Librairie

Il a choisi Le jour le plus long, de Ronan BADEL (notre invité de mars 2021):

Parce que cette biographie intime et longtemps retenue est pudique, et raconte le miracle de la découverte d’une passion : le dessin ; parce que l’histoire est transgénérationnelle, fondée sur les relations grands-parents-petits-enfants.

      C’est le premier jour de l’été. Ce matin, Charles a eu dix ans et son grand-père lui offre un lance-pierres.  » Celui de quand il était cow-boy « , songe le garçon en baissant son chapeau sur ses yeux. Toute la journée, il s’entraîne : l’arrosoir, le séchoir à linge… Raté, toujours raté. Jusqu’au soir où, dépité, il tente un dernier tir vers un feuillage agité. Cette fois, un oiseau tombe comme une pierre.
Charles s’approche, le coeur battant : une mésange, et qui ne fait pas semblant de dormir. Charles a dix ans ; pourtant, près de l’arbre où il a creusé deux trous, un pour l’oiseau et un pour le lance-pierres, il se sent tout petit. L’été a passé. Ce matin, Charles a décidé de dessiner des oiseaux. C’est difficile, ils bougent tout le temps. Raté, encore raté. Et puis, une mésange toque au carreau.
Elle pose, Charles s’applique lui présente son dessin… et la mésange, d’un toc toc toc, approuve et s’envole. Charles est heureux.

Au terme de cette rencontre,

nous avons retenu que Gwendal Oulès a défendu avec conviction et compétence sa maison, ses points de vue, ses engagements. Attentif aux besoins de l’auditoire des bénévoles, il a  donné des éclairages, des clefs de lecture, des outils de sensibilisation. Grâce à lui, nous avons pu découvrir des concepts et partager des idées.

Qu’il en soit vivement remercié ici.

Le livre choisi pour notre bibliothèque associative :

Les lapins peintres, de Simon Priem et Stéphane Poulin

( Editions Sarbacane, 2022)

Au bord d’un étang perdu au fond d’un trou de verdure vivent deux lapins peintres. Lapin peintre jour et lapin peintre nuit. L’un dessine sur l’étang le reflet du ciel durant le jour l’autre le reflet du ciel durant la nuit. L’un peint rapidement, l’autre aime prendre son temps. A l’aube et au crépuscule, ils se passent le pinceau faisant ainsi venir le jour ou la nuit et couler les heures. Mais un matin un gros nuage noir se poste au-dessus de l’étang.
Les lapins peintres peignent son reflet en vain : le nuage refuse de bouger ! Le temps est bloqué. Ensemble les lapins peintres enfourchent  » le jour et la nuit  » leur bicyclette au pédalier installé à l’envers et remontent le temps pour arranger ça.

Les Actus de Marie-Lou, avril 2024

Cher(es) adhérent(es)

Un printemps plein de belles promesses…

Autour du Salon de Montreuil (https://slpjplus.fr)

Lettres du 28/03 et du 04, 11, 18 et 25/04/2024

PARTIR EN LIVRE, la grande fête du livre pour la jeunesse, célèbre cette année ses 10 ans avec une affiche réalisée par Claude PONTI, parrain de cet évènement. Elle se déroulera du 19/06 au 21/07/2024 et aura, à l’occasion des Jeux Olympiques et Paralympiques, comme thème « Sports et Jeux ».

Le Salon rend également hommage à l’artiste japonais Katsumi KOMAGATA, mort le 29/03/2024. Connu pour son univers d’une apparente simplicité et d’une élégance graphique, il réalise des créations en papiers colorés découpés, se dépliant et se superposant.

Le Salon vous présente chaque semaine la sélection des Comités de lecture que vous pouvez également retrouver dans la newsletter Kibookin chaque premier mardi du mois.

Sur le site Kibookin

La sélection thématique met à l’honneur des textes iconiques remis en lumière ou traduits pour la première fois en français.

La pause Kibookin est consacrée à Stéphane MICHAKA, romancier et dramaturge connu pour ces récits de voyage.

Utopique dévoile :

  • « De Pierre en Galet » de Lucie ALBON : l’histoire d’un petit caillou qui a plusieurs vies parce qu’on a le droit de changer, un récit initiatique d’une grande fraîcheur ; dès 6 ans.

Flammarion présente :

  • « Attention, fais marcher ton imagination » de Nicola O’BYRNE : un lapin qui s’ennuie très fort et un loup qui lui propose d’inventer une histoire pour parer à l’ennui ; dès 3 ans.
  • « Une fille en or », de Philippe NESSMANN : découvrez le destin exceptionnel de l’athlète Betty Robinson, première femme médaillée d’or en athlétisme ; dès 11 ans.

La Marmotière propose une série de livres pour les plus petits avec des formats originaux et faciles à manipuler :

Hongfei nous parle de résilience avec :

  • « Tomber 8 fois, se relever 9 », de Frédéric MARAIS : un récit inspiré de la vie d’Eugène CRIQUI (1893-1977), champion du monde de boxe poids plumes en 1923. Un jeune champion de boxe part sur le front et reçoit une balle en plein visage, mais décide de reprendre la boxe après sa longue période de rééducation : un album illustré sur la résilience ; dès 8 ans.

Ricochet suggère :

– « Les P’tits Phasmes », de Maud MICHEL et Chloé du COLOMBIER : des illustrations lumineuses et précises qui nous plongent dans la vie d’un phasme bâton dont les secrets sont dévoilés par une ancienne biologiste ; dès 4 ans.

Gautier-Languereau nous parle de partage avec :

  • « Lewis Carotte », de Pierre DELYE et Philipe JALBERT : et si le Lapin blanc d’Alice avait une famille ? Comme tous les petits lapins, Lewis a envie de passer du temps avec son papa pas toujours très disponible et il est temps pour lui d’ouvrir les yeux ; dès 6 ans.

Les Fourmis Rouges nous font découvrir :

  • « Tortue, grand roseau et petit clou », de Anne TERRAL et Géraldine ALIBEU : un album d’une grande douceur pour parler du deuil aux petits.
  • « Et si Nono », de Inbar HELLER ALGAZI : une histoire farfelue et ludique construite autour de l’objet-livre avec des petits lapins qui se faufilent partout et qui en dit long sur l’imaginaire enfantin et la littérature.

Gallimard nous propose :

  • « Dans mon jardin, il y a… », de Emmanuelle KECIR-LEPETIT et Cécile BERRUBE : des petits albums documentaires ; dès 3 ans.
  • « Insectes autour de nous », de Emmanuelle KECIR-LEPETIT et Léa MAUPETIT : un album pour découvrir les insectes ; dès 7 ans.
  • « Méduse », de Jessie BURTON : l’histoire d’une grande figure de la mythologie réinventée ; dès 13 ans.

L’Ecole des loisirs présente :

  • « Trois cailloux », de Olivier TALLEC : Trois cailloux vivent tranquillement sur la montagne jusqu’au jour où un éclair fracasse la montagne ; dès 3 ans.
  • « Bergère des étoiles », de E.K.MOSLEY : Stella est une chienne de berger qui veille sur les étoiles dans le ciel de nuit. Un jour, elle tombe sur la Terre et elle entreprend un grand voyage à la recherche de ses semblables ; dès 6 ans.

Une nouvelle publication de nos invitées des années précédentes :

  • « Minusculette et le labyrinthe mystérieux », de KIMIKO et Christine DAVENIER : Minusculette et ses amis se perdent dans un labyrinthe, une rencontre va les aider ; dès 3 ans (l’Ecole des loisirs).

A découvrir aussi :

Dans le podcast de la collection « Mine de rien » chez Gallimard jeunesse, Catherine DOLTO, médecin et haptothérapeute, répond aux questions des enfants (un podcast à écouter sur toutes les plateformes d’écoute) ; avec Colline FAURE-POIREE. 

Le dernier album « A l’aise Blaise » de Claude PONTI (chez l’Ecole des loisirs) : Le poussin Blaise, personnage principal de cet album, prend ses aises dans le Jardin d’Acclimatation jusqu’au 30/06/2024 à travers une exposition géante de 50 dessins remplis de gags pour célébrer le célèbre poussin.

A bientôt,

Marie-Lou

Retour sur une rencontre avec Agnès DOMERGUE le 7 mars 2024

     Agnès DOMERGUE, c’est l’histoire d’une enfant qui, longuement formée à la musique et à l’alto, se prend de passion, adulte, pour la littérature jeunesse. Deux lignes de vie se dessinent : une ligne droite et fixe, celle du métier, instrumentiste et professeure, et celle courbe de l’individualité, qui produit des images et des textes et balance au gré des inspirations.

Agnès, comme par inadvertance et pour s’extraire de l’alto, a commencé à dessiner des petites cartes postales. Puis sur un forum elle a fait des rencontres décisives avec Séverine VIDAL, écrivaine et scénariste, Anne-Gaelle BALPE, autrice et philosophe, Marie-France CHEVRON, autrice et conteuse, Hélène CANAC, illustratrice et scénariste, Cécile HUDRISIER, illustratrice, Valérie LINDER, architecte et plasticienne. Elle s’est donc engagée dans l’illustration de quelques livres, puis, ne se satisfaisant pas de ses productions d’images,  elle a basculé dans le statut d’autrice avec Les notes de monsieur Croche.

Un intérêt puissant pour l’Asie

Le livre suivant est donc Mee, petite fille du matin calme ( autrement dit : «  Beauté, petite fille de Corée »), qui positive l’acte d’adoption et transcrit le bonheur d’une enfance française. Agnès avait envie de s’exprimer et de lancer des messages, comme battre en brèche des idées reçues sur les enfants adoptés. Plus tard, elle étudiera la psychanalyse de l’enfant.

Agnès DOMERGUE navigue, en pensées ou en voyages, en allers-retours entre l’Occident et l’Orient, et, en Asie, le Japon est sa terre de prédilection. Elle y puise son esthétique, elle admire les pensées ciselées et les tracés décisifs du réalisateur MIYASAKI (Princesse Mononoké, film 1997).

Suit la trilogie des albums en haïku (Contes, Fables, Mythes), petits poèmes minimalistes, illustrés par Cécile HUDRISIER. Les images de Mon monde dans une goutte d’eau ont été un coup de cœur pour Agnès.

Les haïkus d’Agnès doivent être « comme des bonbons qui explosent de saveur », semblables à ces wagachis qu’elle adore. « Les idées simples sont les plus difficiles à trouver ».

Il y a aussi entre-temps le mélancolique texte Fragile (édit. Philomèle), illustré par Lydie SABOURIN sur un fin papier original, et qui est un conte philosophique sur les regrets et les espoirs.

La forme du haïku aura permis de faire cristalliser des textes très esthétiques, raffinés, ciselés, et pourtant légers comme la vapeur.

L’évolution : De la musique à l’illustration puis à la poésie

Ainsi une part d’elle-même est-elle passée de l’univers de l’interprétation musicale au monde de la création littéraire. Comme un défi, un challenge, un moyen d’exercer sa liberté.

Le livre lui permet de s’échapper. Car la musique a son langage propre ; elle oblige à une rigueur extrême pour rendre ce que le compositeur a voulu.

Le but est de «  trouver un équilibre »   entre le métier qui formate dans sa rigueur et la création qui permet de se décaler.

Créer avec les autres

Agnès DOMERGUE n’est pas une artiste solitaire. Bien au contraire, elle nous affirme aimer les rencontres avec les autres, collaborer, mutualiser les efforts, former avec ses illustratrices des binômes fertiles.

Sa capacité de création dépend  largement de la relation qu’elle noue avec la co-créatrice qui l’illustre. C’est bien le cas pour  Idylle, texte qui prend son vrai sens grâce aux images qui, mieux que lui, savent rendre «  l’émotion à fleur de peau, la naïveté, le lâcher-prise.

D’après Agnès, une illustration modifie le texte en profondeur. C’est pourquoi elle a décidé de ne travailler qu’avec des illustrateurs qu’elle a choisis et s’oppose au principe du choix de l’illustrateur par l’éditeur.

Ainsi, Petits mondes a été « tissé »  avec Clémence POLLET.

L’autrice impose son dessein, l’illustratrice son dessin, et le rapprochement mutuel est gagnant.

L’écriture poétique et la musique des mots

Elle se décale, certes, mais elle est habitée par la musique et donc l’emporte avec elle pour créer de la poésie.

Un livre, Les notes de monsieur Croche, où il est question de l’alto, a été mis en musique. Même chose pour La Symphonie des couleurs, qui a été jouée en conservatoire. Dans cet album, Agnès DOMERGUE, sur la base de la synesthésie, décrit une expérience sensorielle où les sons et leurs couleurs s’unissent pour former des tableaux d’artistes.  

Animal Totem aussi a été mis en musique partiellement, avec des petites mélodies qu’elle a créées pour les séquences poétiques qui figurent dans chaque page.

Agnès chante:

« La lune est ronde ce soir, Ronde comme les yeux de Hibou, Et dans le reflet de ses yeux immenses, Il y a…la lune ».

Pour elle, certains mots sont des sons, et les sons, des émotions. D’où une répartition dans la page où le texte narratif est suivi d’un texte poétique : récit et musique.

Elle lit Idylle (illustré par Valérie LINDER), poème qui joue de la sonorité des mots, au moyen d’allitérations et d’assonances. «  Il a une île. Elle a deux ailes, Il a le teint frais, elle a les joues fraise »… »

Tirée d’Animal Totem, elle nous lit aussi Araignée : « Elle tisse le vide, Elle brode Entre dentelles et tarentelles ». ».

Paradoxalement, elle, qui est dans la joie d’écrire, produit souvent des phrases un peu tristes ou mélancoliques. C’est aussi ce qu’elle aime en musique, des harmonies vibrantes de nostalgie, comme dans le 3ème mouvement du Quatuor avec piano de Robert Schumann (opus 47), qui est sa pièce favorite.

Pour elle par ailleurs, le sens n’existe que si l’interprétation est juste, que ce soit celle d’un lecteur ou celle d’un instrumentiste. La lecture orale n’est pas seulement un véhicule de transmission d’une histoire. Elle existe aussi en tant que succession de phrases détachées du sens. Agnès cite l’exemple d’un enfant qui lui demandait de lire les notes de ses partitions. Ainsi la lecture orale est-elle déjà une musique, « elle est une parole offerte » qui emmène ailleurs.
Cette poésie porte à la méditation.
L’herbier philosophe, qui a reçu le Prix facile à lire en Bretagne, et qui a plu à tous les âges, est inspiré du « koan , outil que le maître zen fournit à ses disciples pour qu’ils aillent méditer ».

« Est-ce que l’arbre coupé dans la forêt fait du bruit si personne ne l’entend  ? »

Chaque petit poème est destiné à provoquer « une étincelle d’éveil ». On est loin du haïku.

Les noms de fleurs, quand ils sont imagés, portent à méditer. Elle nous lit :

« La pensée :  Si je te demande de ne penser à rien, A quoi penses-tu ? 

L’immortelle : On meurt d’avoir vécu. Les immortelles sont-elles vivantes ? »

Agnès médite sur le sens de la vie. Elle a ainsi produit un livre-accordéon, qui se lit recto-verso et qui s’enroule si on veut autour de celui qui l’écoute : « La balade de Koïshi ». La vie, un éternel recommencement, grâce à telle petite chose qu’on garde dans sa poche. Elle est fière de cet objet-livre.

Sa quête, ses projets

A raison d’environ un livre par an, la production d’Agnès DOMERGUE suit le cours calme d’une carrière d’écrivaine qui n’a pas besoin d’aller plus vite puisqu’elle a un métier de base qui la fait vivre.

Ses albums semblent se succéder comme si telle nouveauté était la fille de l’œuvre précédente : quadrilogie des haïkus, trilogie philosophique, bandes dessinées à rebondissements,… Elle ne veut pas s’engager dans des séries, mais plutôt naviguer dans ses propres courants porteurs. Sa personnalité, profonde et attentive, la porte à guetter les signaux que d’autres lui envoient, ces autres que sont ses illustratrices et amies, les personnages des mythes, les compositeurs qu’elle aime, et les enfants avec leurs personnages de prédilection, comme le kitsuné, messager divin.

Pour terminer son exposé, Agnès nous a lu le début de sa bande dessinée « D’ambre et de feu «  (illustré par Hélène CANAC) : «  Il est un pays d’automne, fait de pierres, de bois et de terres… »

Au gré du vent

Chacun n’est rien d’autre

Qu’une âme envolée

Les Actus de Marie-Lou, mars 2024

Les Actus de Marie-Lou, mars 2024.

Cher(es) adhérent(es)

Quelques suggestions pour les vacances de Pâques et pour fêter le printemps…

Autour du Salon de Montreuil (https://slpjplus.fr)

Lettres du 29/02, 07,14 et 21/03/2024

Le Salon vous présente chaque semaine la sélection des Comités de lecture que vous pouvez également retrouver dans la newsletter Kibookin chaque premier mardi du mois.

Sur le site Kibookin

En plus de sa sélection habituelle, Kibookin vous propose une bulle de tranquillité loin de la frénésie de l’actualité et vous invite à plonger dans la méditation.

La pause Kibookin est consacrée à Anne-Laure BONDOUX, Pépite d’Or 2023, pour son roman « Nous traverserons des orages ». Elle revient sur sa carrière d’autrice et son parcours de lectrice.

Dans la séquence Du bout des doigts, l’autrice-illustratrice KOTIMI relève le défi de la composition d’une image en temps réel et en musique.

Actualité éditeurs/auteurs

Utopique dévoile :

  • « Grand n’importe quoi chez Tout-bien-faire », d’Agnès de LESTRADE : une histoire de vivre ensemble, de tolérance qui questionne sur nos préjugés avec des illustrations foisonnantes d’Yves DUMONT.

Flammarion présente :

  • « L’imagier du Père Castor : la nature »,  d’Anne TELIER : 70 photos sur la nature, plantes, arbres, fleurs insectes et animaux.

Seuil jeunesse propose :

  • « Poèmes pour bébés : Haïkus d’Hiver », de Thierry DEDIEU : un recueil de haïkus destiné aux tout-petits pour préparer l’arrivée de l’hiver.

Les 400 coups suggèrent :

– « Loujain rêve des tournesols », de Lina ALHATLOUL et Uma MISHRA-NEWBERY avec des illustrations de Rebecca GREEN : une histoire émouvante et poétique inspirée de la vie réelle de Louain ALHATLOUL, candidate au prix Nobel, qui a milité avec succès pour changer les lois en Arabie Saoudite interdisant aux femmes de conduire. La version originale « Loujain dreams of sunflowers » a remporté le prix américain Middle East Book Awards (catégorie album jeunesse) décerné à des livres destinés aux enfants et jeunes adultes qui contribuent de manière significative à la compréhension du Moyen-Orient.

– « Dans la nuit tu te dévoiles », de Isabelle JAMESON et Sylvain CABOT  : un regard juste sur un enfant qui vit dans le mauvais corps, un jeune garçon trans explique son cheminement intérieur.

– « Chez les terriens », de BELLEBRUTE : une famille d’extraterrestres vient séjourner sur la terre et découvre la beauté de la nature ; dès 2 ans.

– «  Le fan club des petites bêtes », d’Elise GRAVEL : un documentaire sur les créatures qui nous entourent ; dès 5 ans.

Gautier- Languereau présente ses albums pour un monde meilleur :

  • « La robe dans la vitrine », de Robert TREGONING et Pippa CURNIK : un album unique et inclusif pour casser les clichés.

     –     « Le jardin des fées », de Georgia BUCKTHORN et Isabelle MAZZANTI : un livre pour apprendre à respecter la nature.

Les Fourmis Rouges nous font rire avec :

  • « Oskar et le comte », de Jean-Baptiste DROUOT : Oskar, chat et fromager en faillite de son état est désigné pour régler son compte à l’affreux comte Krokula qui a jeté un mauvais sort sur le village. Une histoire loufoque empruntant les codes des contes traditionnels et les détourne pour en faire un jeu ludique avec ses lecteurs.

Gallimard nous propose :

  • « Petits poèmes pour toi et moi », de Milja PRAAGMAN : les émotions du quotidien racontées en poésie ; dès 5 ans.

Les éditions des éléphants fêtent le printemps avec :

  • « Le jardin de Jean », de Yiting LEE : Jean a un jardin où rien ne fleurit et s’empare des jardins de ses amis mais rien de tel que le travail de la solidarité pour se satisfaire de ce que l’on a, un jardin c’est mieux quand il est partagé ; dès 3 ans.
  • « La vie en vert », de Nicola DAVIES et Emily SUTTON : un bel album documentaire sur l’histoire des plantes de notre planète ; dès 7 ans.

Des nouvelles de nos invitées de cette année et les années précédentes :

  • « Petites Merveilles » d’Agnès DOMERGUE et Clémence POLLET : un album à découper dans lequel une chose en dévoile une autre, évoquant les cinq sens de manière poétique ; dès 1 ans (chez Hongfei).
  • « Bonjour Trésor » et « Bonne nuit Trésor » de Véronique MASSENOT : cette double histoire raconte, de manière poétique et par les yeux d’un jeune enfant, la découverte des couleurs ; deux petits livres qui s’ouvrent en noir en blanc et s’achèvent dans une explosion de couleurs (chez Hongfei).
  • « Pollux 34 » de Anne -Sophie PLAT et Clémence POLLET : c’est l’histoire d’un monsieur qui, du jour au lendemain, veut devenir astronaute ; dès 3 ans (un album grand format édité chez Benjamins Media).

A bientôt,

Marie-Lou