
Jean PODEROS a d’emblée mis les participants en activité en attribuant des rôles à plusieurs d’entre nous : une éditrice, une autrice, une libraire, un illustrateur, une graphiste, un imprimeur, une bibliothécaire, comme s’il était en train de monter une pièce de théâtre ou de démarrer une bande dessinée. Cette mobilisation a capté l’attention de l’auditoire et a permis à l’intervenant de nommer des choses importantes à ses yeux d’éditeur: l’art, avec la qualité du papier et des couleurs, la raison, avec l’équilibrage textes-images, la démocratie, avec le respect des opinions des acteurs du livre, la rigueur, avec le souci de la budgétisation du programme.
Il a enchaîné sur l’histoire de sa maison d’édition. Il nous a dévoilé le sens de la dénomination « courtes et longues », qui interroge souvent, en nous expliquant qu’autrefois, à l’école, ses camarades et lui écrivaient des textes plus ou moins longs qui devaient être lus en classe et qui recevaient les commentaires de la collectivité. Son goût pour l’écriture est né de là, et pour ne pas l’oublier, pour respecter ce que l’enfance apporte de meilleur, il en a tiré le nom de sa maison d’édition, créée en 2005.

Or, en 2005, le ministère de l’Education nationale redéfinissait ainsi l’enseignement des arts à l’école :
« L’éducation artistique et culturelle englobe et dépasse le domaine des enseignements artistiques proprement dits qui sont, à l’école, de la responsabilité de l’Education nationale. Elle s’étend à l’ensemble des domaines des arts et de la culture, entendu comme cet héritage commun, à la fois patrimonial et contemporain, qui participe pleinement de la culture humaniste. »
Dans ce contexte, Jean Poderos, qui avait été secrétaire général de Beaux-Arts Magazine (à partir de 1996), puis rédacteur en chef de la revue Dada, « la première revue d’art pour enfants de 6 à 106 ans », a pensé que ce serait bien de produire des ouvrages axés sur l’histoire de l’art : ce seront les courts volumes de la collection Toutes mes histoires de l’art, destinée à la jeunesse.

Bien plus tard, en 2022, il republiera, modifié et augmenté par ses soins, le document-jeunesse du Musée du Louvre intitulé J’écris en hiéroglyphes, d’Evelyne FAIVRE-MARTIN et Daniel SOULIÉ, créé afin de transmettre aux enfants l’histoire de cette écriture, leur permettre de la déchiffrer, et de devenir scribes eux-mêmes.

En 2024, et dans cette même intention, il publiera le livre de Dominique de FONT-REAULX, conservatrice générale au musée du Louvre : Je veux être riche et célèbre, je serai artiste, ouvrage qui montre, à travers des exemples historiques, comment le génie se développe par l’étude, le savoir et le savoir-faire.

Pour en savoir plus sur Dominique de FONT-REAULX, une personne que Jean admire particulièrement :
https://association-ecoledulouvre.fr/dominique-de-font-reaulx-la-presidente-de-notre-association
Jean Poderos est toujours heureux de travailler avec des personnes qui ont gardé de leur enfance une capacité à s’émerveiller et qui veulent la communiquer aux enfants.
En 2011, il a publié Mon petit théâtre de Peau-d’âne, où Jean-Michel OTHONIEL raconte aux 9 ans et plus comment il a fait s’épanouir le monde créatif qu’il portait en lui.

En 2013 , ce fut Méchant-Méchant, de Laurent CONDOMINAS, avec les illustrations en 7 couleurs que Nikki de SAINT PHALLE avait posées en 1996 dans son -unique- album jeunesse.

En 2018, Jean Poderos a publié le merveilleux livre qu’Elisabeth BRAMI a écrit, inspirée par 47 tableaux de son père, Emanuel PROWELLER: La couleur des saisons, « qui mêle poésie, art et mémoire familiale ».

Un autre projet se concrétisera en avril 2026 : la coédition avec le Collège de France d’un documentaire-jeunesse, J’ai rêvé de préhistoire , d’Arthur DREYFUS et Léa LOUIS, à l’occasion à l’occasion de l’exposition « Préhistoire : entre utopie et réalité ».

Mais Jean ne s’intéresse pas qu’aux enfants, il voudrait bien que les adultes récupèrent la fraîcheur et l’acuité de leurs yeux d’enfant afin de profiter pleinement des beautés du monde. Car les adultes ont en effet peu à peu perdu leur capacité à lire les images. C’est pourquoi il a créé la collection dénommée Les erreurs.
Il nous a donné deux exemples : au Louvre, deux tableaux de Ingres représentent madame Moitessier à des périodes différentes de sa vie ; mais les visiteurs, si cultivés soient-ils, ne s’intéressent pas à la grammaire du visage, aux yeux de la dame avec leur léger strabisme persistant, à sa bouche qui évolue vers le sourire…une grammaire qui est pourtant essentielle pour comprendre l’œuvre et pour y adhérer. Autre exemple : qu’importe du même peintre, Ingres, le nombre de vertèbres de l‘Odalisque, qu’on commente souvent, puisque ce qui est représenté, ce n’est pas une certaine femme, c’est la grâce, la grâce elle-même ?



Les bonnes images ont des charmes pour les yeux de tous âges. Ainsi Jean Poderos nous a-t-il montré que dans l’album Plume, d’Isabelle SIMLER, si les adultes avertis repèrent rapidement le dualisme existant dans le rendu des dessins, tantôt naturalistes, tantôt stylisés, les enfants, sagaces observateurs, repèrent immédiatement que le chat de la couverture est présent dans toutes les pages de l’album et suivent l’animal à la trace, ce qui rend l’histoire encore plus excitante.

De quels auteurs et illustrateurs s’entoure-t-il ?
Jean Poderos nous a dit qu’une bonne maison d’éditions doit satisfaire à deux besoins: la fidélité et la découverte.
Chez lui, la fidélité, et la collaboration fructueuse autrice-éditeur, c’est par exemple Isabelle SIMLER, avec qui il a fait une trentaine de livres. Il nous a montré Vertige, où Isabelle a travaillé 18 versions de sa couverture pour parvenir à un accord avec lui. Une telle collaboration est au-delà de toute mesure. Jean nous a montré Les idées sont de drôles de bestioles, un merveilleux carnet de croquis aux visées « quasi philosophiques ». On pense à Apollinaire:
Profondeurs de la conscience
On vous explorera demain
Et qui sait quels êtres vivants
Seront tirés de ces abîmes.
Il nous a montré aussi Alice, un immense ouvrage au format spécial qui rappelle le jeu de tarot.


Pour en savoir plus sur Isabelle Simler :
La fidélité, c’est aussi Betty BONE, qui a produit notamment Ronds ronds, un livre prodigieux de profondeur et de douceur.

C’est Nancy GUILBERT, Gaia GUARINO, Marie SELLIER, Elisabeth BRAMI, Odile SANTI.
Quant à la découverte, au fil des rencontres, des recherches tous azimuts, c’est Arthur DREYFUS et Raphaël JOURNAUX (Mes maisons Archi-zinzins), c’est Rachel HAUSFATER et Solal FRYDMAN (Exodus, un livre sublime illustré aux crayons de couleurs), c’est Jean-Charles BERTIER (Théodore, avec son humour grinçant, indispensable parfois), c’est Léa LOUIS (Jack marin d’eau douce, son premier album, et Le livre est un livre est un livre).

Une des plus remarquables images de Léa LOUIS dans Jack, marin d’eau douce.




Pour conclure :
Jean Poderos parle de rester toujours en éveil, de saisir les opportunités, de rester soi-même en gardant bien vivant l’enfant qui demeure en chacun de nous. A l’appui, Il nous a raconté sa rencontre fortuite avec Pierre APRAXINE, un grand collectionneur new-yorkais de photos anciennes qu’il a aidé, depuis Paris, à rédiger ses mémoires. Il l’a aidé parce que cette personne était restée un enfant, un vrai lecteur d‘images, capable de voir le monde à travers elles, ce véritable monde qui est pétri d’autant de choses vues que de choses inventées.

Et Jean Poderos a complimenté les lecteurs bénévoles présents pour le service immense qu’ils rendent à la jeunesse.
Les retours de l’auditoire
Un éditeur passionné par son métier.
Exigeant mais respectueux envers les artistes.
Il nous livre de très beaux livres.
Quel professionnel compétent et chaleureux ! Il nous a donné envie de pénétrer dans son univers littéraire.
Merci à Jean PODEROS pour avoir partagé avec nous son enthousiasme, ses goûts et ses débats intimes, son amour de la vie sous toutes ses formes, rencontres, images et visions.
L’album que nous avons acquis pour notre bibliothèque associative est

Jack est un petit garçon sans histoire. Il ne pleure jamais, ne fait pas de caprice ; il est toujours souriant et optimiste, même dans les situations difficiles. Mais voilà qu’un jour, alors qu’il est dans son bain, Jack se met à hurler, mais hurler si fort, que ses parents n’en croient pas leurs oreilles ! Ils l’interrogent… que se passe-t-il !? … Jack veut devenir marin ! Mais pas un marin d’eau douce, pas un marin de baignoire, un VRAI marin qui affronte les océans déchaînés, un capitaine de chalutier, de paquebot et de porte-avion ! Ses parents sont bien embêtés, qui ne le serait pas… face à un enfant paralysé ? (Notice de l’éditeur)
