Retour sur une rencontre avec Stéphane KIEHL, le mardi 7 avril 2026.

Incroyable diversité des couvertures des livres de Stéphane KIEHL présentés sur le stand-librairie ! Couleurs, formes, dispositions, rien ne se ressemble, tout plait cependant à l’œil. Quel est donc le secret d’une telle démultiplication dans la facture et dans l’inspiration ?

Stéphane, né en 1975 à Strasbourg, nous a parlé de sa formation initiale: sur indication d’un professeur de dessin, il a d’abord obtenu un bac F12, appelé maintenant STD2A, spécialisé dans le design et les arts appliqués. Puis il a passé cinq ans aux Beaux-Arts de Nancy. Il y a appris un peu de tout, notamment la sérigraphie, la lithographie, la gravure et le design de l’objet. Et il a obtenu grâce à un mémoire intitulé « devenir un dessinateur de presse ». Dans ces années 90 de la « génération Apple », l’expansion des outils informatiques stimulait d’ailleurs les étudiants.

Dès lors, Stéphane a décidé de suivre sa pente de dessinateur: consacrer le plus clair de son existence à bien regarder les choses, à s’y intéresser de près, à se projeter vers elle pour les faire siennes. Rejetant l’académisme et le « beau dessin », il n’a voulu suivre d’autres règles que « celles qu’il se donnait ». Et son ambition n’a jamais été de reproduire ou de refléter les choses, mais de les « réveiller ». Sa priorité cependant: le texte, la narration ; et encore maintenant, il écrit toujours ses propres textes avant de les illustrer.

Pour lui, il faut distinguer l’illustration, qui donne à voir et dessin, qui donne à contempler. Et il a choisi d’illustrer « car la commande n’enferme pas », ne bride pas la créativité.
Les sources d’intérêt ont toujours été multiples : sujets, couleurs, voyages, rencontres, échanges, lectures, moyens d’expression, tout a étoffé sa façon de voir le monde et de travailler. Il faut constater qu’il a une extraordinaire capacité à mettre en œuvre ses projets.
Repéré et aidé par Olivier DOUZOU, directeur artistique au Rouergue, sa première production d’auteur a été Y a un truc (2001), album qui intègre travail numérique et peinture pour mettre en scène un spectacle de magie (pour les 3-6 ans).

Ensuite, il est revenu à son idée première de travailler pour la presse. Et pendant une vingtaine d’années, il a dessiné, dans l’urgence et l’adrénaline du rough qui oblige à faire des choix rapides, pour le Nouvel Obs, Libération, Le Monde, et de nombreux magazines. C’était des sujets très sérieux, rien à voir avec l’enfance (actualité économique, financière, écologique, etc), comme par exemple ceci pour le Monde :

La suite, et jusqu’à aujourd’hui, c’est un enchaînement d’innombrables travaux divers : affiches, petits magazines pour le Château de Versailles, produits dérivés, packaging, cahiers d’activités comme Jeux et délires, puzzles, petits films, la web-série Mon œil pour le Centre Pompidou, etc.




https://www.instagram.com/reel/DOoV5Edjoya/?hl=fr
https://parismomes.fr/a-la-maison/un-coloriage-de-stephane-kiehl
La visibilité accrue de Stéphane a attiré l’attention d’Autrement Jeunesse en la personne de Christian DEMILLY.
Et des projets d’albums d’auteur se sont formés.
Le public de destination sera dès le départ celui de l’enfance. Pour lui Stéphane développe des scénarios, construit dans l’espace, joue avec les formes, les nombres, les positions, le rythme de la lecture. Il est à l’aise pour exprimer des objectifs très personnels.
Il y aura ainsi, chronologiquement :
L’album Grand joueur (2008), qui met à jour les rêves secrets d’un jeune footballeur rentrant de son entrainement et qui s’imagine en champion.

Mon amie Carla (2010), un album très touchant et qui a donné naissance à une série. C’est un journal intime de petit format, exactement « de poche », dans lequel une petite fille raconte à sa petite chienne Carla son quotidien, ses sentiments, ses émotions. Stéphane nous l’a lu tout entier.

En 2015, la collection La vie en… a débuté par La vie en design, texte de Céline DELAVAUX, un livre-objet qu’on peut ouvrir dans n’importe quel sens.
Un autre directeur artistique (Autrement puis Actes sud), a encouragé Stéphane, c’est Kamy PAKDEL. Il l’a orienté vers le documentaire.
Il y a eu alors La vie en typo (février 2017). Stéphane nous a donné quelques exemples de typographies, comme la police Trajan, inspirée des lettres capitales romaines gravées dans la pierre de la colonne de Trajan à Rome; utilisée pour marquer les esprits dans des films tragiques…


Puis, la même année, ce fut Derrière l’écran sur les effets spéciaux au cinéma, pour accompagner une exposition de la Cité des Sciences.

En 2018, Papa, sur un texte merveilleux d’universalité de Nicolas MATHIEU, lui a permis de travailler le thème de la paternité et, en quelque sorte, de « sculpter » une idée.

Ensuite il y a eu Vert, en 2019, album où Stéphane s’est lancé dans une fable philosophique et poétique qui concerne la déforestation, le monde sauvage, la merveilleuse jungle.

La thématique des couleurs l’a entrainé à réaliser et le texte et les images, comme dans un besoin de lâcher-prise et aussi de lutter en faveur de l’environnement ; Vert sera suivi de Blanc en 2020 sur l’idée de la « neige et de la disparition », Rouge en 2021 sur l’idée du «de l’incendie ravageur», Noir en 2023 sur la nuit et la peur, Bleu en 2025 sur l’Océan, un univers foisonnant et fragile, Rose en 2026 sur le thème du rêve merveilleux.





Entre-temps, est sorti Je suis au monde (2021), textes de Pierre DUCROZET et Julieta CANEPA.


La thématique, c’est « comment habiter autrement le monde ? Comment réinventer un accord avec la Terre et le monde vivant ? Comment voyager, marcher, vivre en harmonie avec les éléments ? Pour illustrer les cinq chapitres, Stéphane KIEHL a choisi d’harmoniser son mode d’illustration avec celui du fonctionnement de textes qui s’interpénètrent.
Toujours en 2021, le Zoo à microbes, texte de Florence PINAUD, a reçu le prix du Goût des sciences.


Quel étonnement pour l’illustrateur de voir ses jets de peinture et ses bulles aléatoires élevés au rang de documents scientifiques destinés à faire comprendre aux enfants ce que sont les micro-organismes !
Puis Stéphane nous a montré l’album, de forme carrée, Amie-Ami Cache-Cache (2022, Actes sud jeunesse), qu’il a créé par jeu en une seule journée. Il y a formaté et positionné les personnages différemment afin de créer des situations différentes, et le tour ainsi était joué.

En 2022 aussi, il y a eu une commande d’où est sorti Moon, texte d’Agnès de LESTRADE, qui démontre la puissance de l’illustrateur KIEHL. Le sujet était délicat, complexe, il y avait des nœuds psychologiques. Ses parents aiment Moon comme il est, tout emberlificoté. Il aime faire des papillons avec ses mains, ou caresser les joues des autres enfants. Mais les autres enfants, eux, n’aiment pas ça… Et à l’école, Moon est tout seul sur son banc (Notice de l’éditeur Sarbacane). Stéphane l’a illustré à partir de références bien à lui, comme ici les longues chaussettes et les couettes bien serrées de Fifi Brindacier.

Quel plaisir pour lui, en 2024, de travailler sur un texte de Pierrick GRAVIOU et d’Eric ORSENNA : La Terre racontée aux enfants. Il fallait cet enthousiasme pour évoquer l’apparition des cellules, de l’oxygène, de l’eau, pour donner à voir la magie de la création du Monde. Il fallait aussi sa capacité d’invention pour donner à voir ce que nul n’a vu. Et enfin, du professionnalisme pour tirer un album de cette matière disparate.

Aujourd’hui Stéphane KIEHL réalise moins de documentaires, trop chronophages avec le lourd travail documentation. Il veut se consacrer à des sujets dans lesquels il s’impliquera personnellement.
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Merci à Stéphane KIEHL d’avoir partagé avec nous son expérience de liberté et de passion, de nous avoir lu plusieurs extraits de ses ouvrages, d’avoir stimulé notre intérêt pour l’illustration.
Les retours de l’auditoire
Quel créateur attachant ! Sa sensibilité se transmet avec aisance… Il communique avec force sur des sujets qui lui tiennent à cœur… Des livres superbes, des couleurs lumineuses…Un talent énorme. Il nous fait partager son amour des choses naturelles, la mer, la montagne…
Pour en savoir plus sur Stéphane KIEHL :
https://www.instagram.com/stephanekiehl/?hl=fr
L’album que nous avons acquis pour notre bibliothèque associative est
VERT

Un livre hypnotique pour évoquer la destruction du monde sauvage.
Quittant le Nord avec son père et ses sœurs, un enfant s’installe dans la jungle et découvre, d’abord avec crainte puis fascination, les plaisirs et la richesse de ce nouvel environnement. Bientôt d’autres hommes arrivent… petit à petit, le vert recule…
Jusqu’au jour où l’enfant rencontre le tigre.
Dans ce magnifique album, Stéphanie Kiehl nous livre un travail puissant sur sa vision personnelle d’un monde où notre bien le plus précieux – la nature – se voit détruit par les hommes.
(Notice de l’éditeur)
