Mois : juin 2026

Les Actus de Marie Lou, mai-juin 2026

Chers Lecteurs,

Voici une belle sélection de beaux livres qui emmèneront les enfants au bout du monde, même en restant chez eux.

Autour du Salon de Montreuil (https://slpjplus.fr)

Le SLPJ est à la recherche de ses prochain.e.s juré.e.s pour les Pépites du Salon, on peut candidater sur le site.

En écho au thème de Partir en Livre, découvrez la bibliographie du Parc d’attractions littéraires, Missions accomplies !  Les albums de Marie DESPLECHIN et Magali LE HUCHE célèbrent la force et l’imaginaire de l’enfance.

Sur le site Kibookin

En plus de la sélection par tranches d’âge, Kibookin présente une sélection qui nous fait découvrir des parcours de vie extraordinaires et inspirants.

La pause Kibookin est consacrée à Thomas SCOTTO qui évoque, parmi plusieurs souvenirs de lecture, l’influence, dans son travail d’écriture, de la chanteuse Anne SYLVESTRE, décédée en 2020 :

Actualité éditeurs/auteurs

Les Fourmis Rouges présentent :

  • Mira, notre chien, de Delphine PERRET: le quotidien de deux sœurs et de leur chien raconté par l’une d’elles: ce qu’elle sent, entend, touche et ce que sa sœur lui décrit. Une matière poétique d’évoquer la cécité ; dès 5 ans.

La Partie nous conseille :

  • Bubulle, de Mamiko SHIOTANI : une histoire sur la différence, les limites de la résilience et l’amitié qui trouve toujours des solutions ; dès 4 ans.
  • Tambouille, de Lisa MOUCHET : dans la vallée des Haies-Trange, les Grandes-Personnes ont toujours un tas de choses à faire pendant que les Petites-Personnes comme Tambouille, rêvent et jouent. Un récit où la débrouille et l’entraide restent la meilleure des recettes ; dès 4 ans.

Les 400 coups proposent :

  • Où est mon museau, de Lucas ZANOTTO : ce n’est pas facile pour un chien de trouver son museau ; dès 2 ans.
  • Le tigre de Val-Morin, d’Agathe BRAY-BOURRET: Clara est timide et introvertie et s’amuse à se déguiser, mais les quiproquos s’enchaînent et l’obligent de se réfugier… avant de revenir vers les siens ; dès 5 ans.

Les éditions Courtes et longues nous font découvrir :

  • Rivière, de Pascale MOISSET et Yves VIALLARD : au cœur d’une nature vibrante, une rivière s’écoule, généreuse et nourricière. Elle est le centre du monde où tous les êtres vivants évoluent en harmonie avec elle. Mais un jour la tristesse d’une petite créature l’émeut et interrompt le cycle de joie ; dès 5 ans.

Cépages propose :

  • Les petits pas, de MANECH et Morgane BELLEC : une histoire tendre sur les premiers pas d’un enfant… et les suivants avec un graphisme qui rend hommage à la lumière du littoral breton ; dès 3 ans.

Hélium conseille :

  • Je vois rouge, de Harry GRUYAERT : une excellente introduction à la photographie et une immersion ludique dans le travail de l’auteur, un voyage haut en couleur guidé par des questions à partager entre adultes et enfants ; dès 6 ans.
  • Croquer une belle pomme, de Jin JOO et Lee GA HEE: le jour où Ji-gu est né, son grand-père a planté un pommier dans le jardin, mais il n’a jamais donné des pommes mûres. Un album photographique coloré pour apprendre la patience ; dès 6 ans.

Gallimard Jeunesse propose :

  • Incendie! de Pénélope BAGIEU : un documentaire sur les feux de forêt et les Canadair ; dès 7 ans.

Les éditions des Eléphants nous présentent :

  • L’oiseau fait son nid, de Agnès DEBACKER et Irène SCHOCH : petit à petit, l’oiseau fait son nid mais à chaque épreuve il doit recommencer, après tout c’est ça la vie ; dès 3 ans.

Ricochet suggère :

  • Les fils argentés de maman, de Gwénola MORIZUR et Fanny MONTGERMONT : dans les bras de sa maman, un petit garçon se blottit mais son endroit préféré c’est sa longue chevelure où des fils d’argent se sont invités avec le temps ; dès 4 ans.

La Joie de Lire conseille :

  • Marre de Marsa, de Sigi ZHANG : une merveilleuse petite histoire sur toutes les facettes de l’attachement, sur le besoin de partager, parfois si fort qu’il donne envie de partir… mais pour mieux revenir ; dès 3 ans.
  • L’odeur d’une journée d’été, de Clémence SABBAGH et Emma Lidia SQUILLARI : de délicieuses odeurs d’enfance au fil des pages ; dès 5 ans.

Talents Hauts préconise :

Les animaux, de Laurence FARON et Camille CARREAU : un imagier qui prend les stéréotypes à rebrousse-poil ; dès 2 ans.

Cot Cot Cot propose :

  • La vie ne me fait pas peur, de Maya ANGELOU, album illustré avec des peintures de Jean-Michel BASQUIAT. Publié en 1993, sous le titre Life doesn’t Frighten Me, c’est un chef-d’œuvre de la littérature jeunesse américaine. Le poème nous invite à trouver nous-mêmes le courage d’affronter nos peurs d’enfant, nos peurs d’adulte et les peintures de BASQUIAT lui répondent de manière saisissante (traduit par Lisette et Julie LOMBE et Joëlle SAMBI).

Des nouvelles d’un invité de cette saison :

Stéphane KIEHL (notre invité du 07/04/2026) nous présente :

  • Rose : un texte fort et des illustrations poétiques qui nous plongent dans la douceur du rêve et de l’émerveillement de la nature et les petites choses qui nous entourent ; dès 3 ans (chez La Martinière Jeunesse).
  • Nuit noire, Nuit blanche : un album qui aborde la peur du noir à travers un jeu d’oppositions ; dès 2 ans (auteur Alice de NUSSY chez Grasset).

A noter aussi :

A l’occasion de l’anniversaire de la première édition française en avril 1946 du Petit Prince d’Antoine de SAINT-EXUPERY, le célèbre studio de création MinaLima ré-imagine ce livre-culte à travers une centaine d’illustrations et huit animations spectaculaires ; dès 7 ans (chez Gallimard Jeunesse).

Je vous souhaite à tous un bel été rempli de soleil et de belles lectures avec les enfants.

Marie Lou

Retour sur une rencontre avec Elena SELENA le 15 janvier 2026

Qui est-elle, cette artiste, qui est aussi

autrice, illustratrice, ingénieure papier et scénariste ?

Elle nous a dit qu’elle est née en 1993 à Vilnius, capitale d’un petit pays de  2.8  M d’habitants, la Lituanie, si lointaine et si proche de son cœur et dont elle s’est volontairement exilée. Elle fait partie de la première génération de l’Indépendance (mars 1990), et si avec sa famille elle a vécu bien des difficultés de tous ordres, elle a puisé dans l’élan de ce pays nouveau. Sa chance a été de naître dans une famille d’artistes, où le père était  céramiste et l’oncle et parrain, Liudvikas Jakimavičius, poète. Son quartier, c’était Uzupis, une sorte de Montmartre, plus ou moins en ruines à l’époque, mais où les enfants jouissaient d’une joyeuse liberté de mouvement et d’expression.

Son goût pour la créativité et pour la lecture a été encouragé par sa famille. Elle disposait d’un mur dans sa chambre pour y dessiner ce qu’elle voulait. Elle écrivait des histoires pour sa petite sœur de 4 ans. Elle fabriquait des marionnettes. Et toute son enfance, elle a été une lectrice boulimique et passionnée.

Ses admirations, c’était, et c’est d’ailleurs toujours, la suédoise Astrid LINDGREN, créatrice de Fifi Brindacier et de Zozo la tornade :

C’est aussi la finlandaise Tove JANSSON, la créatrice des Moomins, de mignons petits hippopotames blancs,

C’est l’allemand JANOSCH, qui a mis en scène les aventures pleines d’humour de Petit Tigre et Petit Ours,

C’est le tchèque-allemand Ottfried PREUSSLER, si tendre et si touchant avec son petit fantôme et son brigand Briquambroque,

Après le bac, Elena a opté pour les Beaux-Arts de Vilnius (option illustration). Puis, grâce à Erasmus, elle est venue chez nous se former à l’Ecole Estienne, puis aux Arts décoratifs (option scénographie).

A Paris, sa rencontre avec Gérard Lo Monaco, illustrateur et décorateur de théâtre, dit le « magicien du papier »*, l’a faite entrer dans un univers qui l’a conquise, celui du pop-up.

Pour son diplôme, elle a consacré une année à la création d’un pop-up dont le récit est l’histoire d’un petit garçon qui s’endort et puis se réveille dans un jardin « peuplé de créatures fantastiques » ; ce travail a ensuite donné l’album Jardin bleu (2017), « sorti des profondeurs de son inconscient ».

Au fond de cet inconscient, n’y aurait-il pas la Lituanie, un pays autrefois sous la botte, écrasé, mis à plat, bouclé comme un livre cadenassé ?

Or le pop-up c’est justement le livre qui s’ouvre, la liberté trouvée : au fil des pages se déploient les images, surgissent des scènes vivantes et se produit le théâtre de la vie.

Dans cette œuvre traitée en volume, l’autrice elle-même, redevenue toute petite comme Alice, va s’immiscer en ouvrant grand  ses yeux d’autrefois. Et ce qu’elle y voit, c’est un monde qui n’est qu’à elle.

Ensuite, ce monde, elle le propose à d’autres enfants, à sa propre petite fille aussi, pour qu’ils le testent à leur tour, à la lumière de leur imaginaire, et peut-être se l’approprient, pourvu qu’il y trouvent des détails qui leur parlent : phrases, formes, couleurs, personnages, situations, atmosphères.

Pour parvenir à de tels produits finis, quelle ingéniosité ! Il faut se casser la tête (à raison d’un album par an, à bricoler des images, découper des papiers, mettre de la colle partout, faire des montages hasardeux, des créations aléatoires. Mais elle aime ces contraintes.

Auparavant, l’apprentissage a été nécessaire: Elena a fait le sien chez un papetier d’Ambonnay. Une fois maîtrisée la technique, elle a pu pousser sa liberté, son inventivité. Elle s’est mise à découper de plus en plus finement, rejoignant la façon lituanienne d’autrefois. Elle sait retravailler les maquettes à l’aide de son logiciel vectoriel. Ensuite il faut trouver un juste équilibre entre l’œuvre rêvée et l’œuvre vendable ; pas question d’aller faire des livres d’artistes ; des compromis entre l’autrice et l’éditeur (ici Gallimard) permettent de concilier esthétique et rentabilité.

Quant à la fabrication elle-même, elle se fait en Chine, car c’est dans ce vieux pays qu’on trouve les meilleurs connaisseurs du papier et que les capacités immenses de l’industrie papetière permettent d’avoir des tirages à moindre coût.

L’image seule n’est rien pour Elena. Le texte est le plus important, il est le fil rouge qui relie l’album. Il parle au lecteur de ce qui est invisible, il évoque les émotions, provoque les bruits, suscite les odeurs. Il aide le lecteur à s’immerger dans le décor. Ses phrases sont souvent comparables à des haïkus, parce que la poésie a la vertu de stimuler l’imagination dès l’enfance.

Voici les albums qu’elle a choisis de nous montrer et qu’elle nous a lus spontanément :

Jardin bleu, où elle a voulu se jouer de l’ambiguïté des choses, qui sont telles le jour, et telles autres la nuit.

Océans, qui plonge le lecteur dans un univers de merveilles naturelles,

Voyage, où il est question de migration, de départ mais aussi de retour, et de boucles toujours renouvelées,

Neige, où elle parle de la séparation, un thème essentiel pour les petits,

Loups,

qui lui rappelle son pays natal, et aussi son oncle poète, exilé dans la taïga russe.

Elle crée en ce moment un album de papiers découpés, D’où viens-tu ? qui parle de racines et de transmission ; à paraître en juin 2026 chez les Grandes personnes.

Elena a répondu à des questions de l’auditoire :

  • Les pop-up sont-ils fragiles au point que les enfants ne doivent pas y toucher ? Elle nous dit que oui, « le pop-up est fragile comme toute chose vivante », et il nous revient donc, à nous adultes, d’enseigner aux enfants l’art de manier cette fragilité (ce qu’elle fait avec sa petite fille de 4 ans).
  • Pourquoi tant parler de la nature ? Sa réponse : son pays est tout axé sur la nature, avec ses lacs, ses rivières, ses forêts, son froid, ses animaux sauvages ; mais tous les pays sont faits d’éléments naturels, alors elle fait de son mieux pour que les enfants prennent l’habitude de se préoccuper de la sauvegarde de la nature.
  • A quels enfants s’adresse-t-elle ? Sa préférence va aux enfants issus des milieux moins favorisés, où les parents sont souvent éloignés de la lecture. Sans de tels objectifs, son travail n’aurait pas de sens.

Elena a-t-elle des projets ? Un retour au pays ?   Non, professionnellement il vaut mieux être en France, et puis dans les pays baltes la situation géopolitique crée trop d’incertitudes.

Un livre d’artiste ? Peut-être un jour, en sérigraphie.

Un autre album ? Oui, avec les éditions Qilinn, c’est la traduction en français de Les Moomins et la comète, album pop-up édité par Macmillan Children’s Book afin de célébrer les 80 ans de ces petits trolls.

Une autre activité ? Oui, Elena commence une carrière dans le théâtre, avec une adaptation de Neige, intitulée « Le petit renard et l’hiver » ; un spectacle donné par la troupe du théâtre de Kaunas, la 2ème ville de Lituanie.

Les retours de l’auditoire et de l’équipe lire95

La rencontre avec Elena nous a transportés dans un monde féerique et d’une grande tendresse.

Elena a su très bien nous décrire son pays et son enfance bercée par la nature omniprésente

Des albums doux et poétiques, une expression maîtrisée

Des créations toutes en délicatesse et d’apparence fragile comme de la dentelle.

Une énorme volonté et beaucoup de caractère, qui lui ont permis de quitter son pays natal et de se lancer dans une aventure professionnelle incertaine et difficile au départ.

Vu son jeune âge elle saura encore nous offrir de belles pépites.

Merci, Elena, pour votre investissement bienveillant en faveur de nos attentes !

Le livre pop-up que nous avons acquis pour notre bibliothèque associative est

Il contient 6 récits :

Roule Galette – Blancheline – L’Oiseau de pluie – La Vache Orange – Une histoire d’ours et d’élans – Michka.

(Flammarion- Les albums du Père Castor – 2024)