Mois : février 2026

Retour sur une rencontre avec Frédéric MARAIS, le 13 novembre 2025.

Frédéric Marais a rendu hommage à l’artiste qui l’a formé pendant 10 ans, Vera Braun Lengyel, présentée comme une rescapée et une résistante. Elle lui a appris les techniques de la peinture à l’huile. Elle lui a fait connaître les maîtres, d’où il a tiré une grande admiration pour Matisse. Très important aussi, elle lui a appris à réfléchir avant de faire, ce qui, dit-il, est à l’inverse de ce qui se fait maintenant.

D’où vient sans doute que Frédéric écrit toujours avant de dessiner, moyennant de longues recherches documentaires et stylistiques : soit 2 mois d’écriture, 1 mois de dessin. La page blanche le stimule, l’obligeant à chercher.

« L’important c’est l’histoire, posée dans un écrin d’images. »

Depuis sa jeunesse, ses sources d’inspiration sont souvent des personnages emblématiques et épris d’humanité : les Alain Bombard, Haroun Tazieff, Jacques-Yves Cousteau,  Henry de Monfreid, Joseph Kessel.

Sur les traces de ces grands aînés, il a toujours eu besoin d’explorer, de découvrir, de se familiariser avec les différences.

Professionnellement, il a démarré dans la publicité, comme tant d’autres que nous avons déjà rencontrés, Hervé Tullet, Rémi Courgeon, Zaü, et comme son ami Thierry Dedieu, Pour les besoins de son métier, ou seul, ou en famille, il a beaucoup voyagé aux quatre coins du monde.

Mais en 2011, il rompt avec un métier qui, dit-il, l’enferme, et se lance dans la création d’un premier album, Sequoyah, texte et illustration, avec l’appui de Thierry Magnier et de Valérie Cussaguet, qui l’éditeront. Un voyage en Californie et la visite du Parc des séquoias a fait basculer l’orientation de son imaginaire, et désormais il se passionnera pour des destins méconnus et incroyablement fertiles.

Il travaille ses capacités artistiques et littéraires, il cultive la recherche, il s’inspire de la musique, afin de « repousser l’obscurantisme et ses ténèbres ». Il nous cite un maître en écriture, René Char, poète et résistant, qui a écrit : « Enfonce-toi dans l’inconnu qui creuse. Oblige-toi à tournoyer ».

La guerre des mots, illustrations de Thierry Dedieu

Avec son tempérament plutôt rebelle, il n’a pas voulu être attaché à une maison d’édition, il a voulu choisir ses éditeurs et ceux-ci ont été nombreux : Thierry Magnier, Sarbacane, Les Fourmis rouges, Saltimbanque, Hongfei Cultures, Seuil jeunesse. Il a une prédilection pour les petites maisons indépendantes.

Un contexte d’amitié l’aide à créer, en témoigne la longue collaboration avec Thierry Dedieu.

L’illustration vient ensuite, à l’aide d’une palette graphique. Avec son expérience de publicitaire, il définit les formats, choisit les typographies, il les propose aux éditeurs.

Il suit le rythme des couleurs ; ce sont des couleurs franches, il n’aime pas les nuances, les demi-tons ; Il aime « dessiner avec la lumière ». Par exemple, dans Yasuke, le blanc, qui va, disparait et revient, agit comme une note de musique.




Dans ses dessins, dans ses couleurs, on décèle l’influence d’Henri Matisse, et la réminiscence de ses papiers découpés.

Matisse, découpages

Frédéric s’est attardé pour nous sur plusieurs albums, aimant les partager « comme un pâtissier ».

D’abord Sequoyah (2011), qui raconte le destin d’un indien Cherokee inventeur d’un système d’écriture à partir de lettres récupérées de notre propre alphabet, encore en usage de nos jours. Sur la couverture et comme en contre-point, Frédéric Marais a imposé la merveilleuse écriture guèze.




Puis, Ephémère (2013), qui s’inspire de ces mots d’André Malraux : « La vie ne vaut rien, mais rien ne vaut la vie ». C’est l’histoire d‘un insecte qui défie les prédateurs et refuse son destin, mais qui finira quand même par périr… sous une bouse de vache.




Ottoki (2013) met en scène la rencontre d’un Inuit et d’un astronaute perdu. En indiquant au scientifique comment retrouver sa route à l’aide des constructions de pierre traditionnelles dites « inukshuk », l’Inuit rappelle qu’on « doit toujours apprendre des peuples anciens ».




Ensuite, Didgeridoo (2014) , dont Frédéric nous a fait une lecture,est un album poétique, dont les mots tentent de dessiner le son vibrant de cet instrument de musique à vent extrêmement ancien, utilisé par les aborigènes d’Australie. D’où s’élance le conte pour montrer que la musique « aide à se tenir debout » dans un monde souvent bien pesant.

Yasuke (2015) est le récit d’une vie légendaire extraordinaire, celle d’un éthiopien qui, au fil de bien des tribulations , deviendra le premier samouraï noir du Japon. Tout, dans cette histoire, nous dit Frédéric, est inspirant : la fin des empires noirs, l’enfant qui réchappe à un destin fatal, la migration, l’intégration. L’histoire de Yasuke a d’ailleurs produit des livres pour enfants, des BD, des mangas, des films, des statues, des jeux videos, et même le nom d’un restaurant parisien à la mode (Mosuke). Et ce morceau de rap du groupe IAM :

Inscrit au programme de la Semaine de la francophonie d’Addis-Abéba en 2025, Yasuke a été confirmé comme un ouvrage fédérateur, intéressant tous les âges. Il a été traduit en amharique et en oromo.




Toute une histoire pour un sourire (2019), album illustré par Emilie Gleason, démontre la puissance du langage non-verbal.




Le pousseur de bois (2020) met en valeur le jeu d’échecs, un jeu très formateur qui a circulé de l’Inde au monde arabe avant d’arriver en Europe. Avec cette histoire, Frédéric Marais nous parle d’émancipation, d’ouverture culturelle, et de la transmission pacifique de la passion.




Tomber 8 fois se relever 9 (2024) relève d’une découverte fortuite, celle de la tombe d’Eugène Criqui au cimetière de Pantin. Quelle épopée, celle de ce petit boxeur parisien du 20 ème arrondissement qui sera une des gueules cassées de la guerre de 14, et qui deviendra malgré tout champion du monde de boxe anglaise en 1923. La boxe, c’est quand même mieux que les MMA !

Dans tous les albums, des constantes : une indocilité de principe, un esprit de résistance, une volonté de ne pas transiger sur ses idées, sur sa morale, et de ne pas faire honte à ses propres enfants. A travers ses héros masculins, et dans l’état d’esprit de quelqu’un qui ne cède pas aux sirènes de la modernité, Frédéric Marais nous rappelle que toutes les valeurs n’ont pas été balayées et qu’un individu a toujours des choix à faire comme pour répondre à l’injonction de René Char :

« Il n’y a que deux conduites avec la vie :

ou on la rêve ou on l’accomplit ».

Les retours d’après-séance avec Frédéric Marais ont mis en avant la force de son graphisme, l’intensité de ses coloris et son exigence envers lui-même.

Pour notre bibliothèque associative, nous avons acquis

En Inde, un vieil homme offre un trésor à un petit mendiant : quelques pièces de bois. L’enfant est déçu mais lorsque le vieux se met à les pousser et à conter batailles et expéditions, il se rêve en héros d’aventures. Ainsi initié aux échecs, l’enfant se révèle être un prodige. Alors on l’envoie se mesurer aux meilleurs joueurs du monde… Des années plus tard, couvert de gloire, le champion est de retour au pays. Un jour, il s’arrête à son tour devant une petite mendiante… ( Notice de l’éditeur )

Les Actus de Marie Lou, janvier 2026

Voilà une nouvelle année qui nous promet de belles surprises et des beaux moments de partage…

Autour du Salon de Montreuil (https://slpjplus.fr)

Lettres du 15 et 22/01/2026

Les webséries sont de retour sur YouTube : les nouvelles saisons de « La pause Kibookin », » Du bout des doigts », « Les éditeur.rices se livrent », » En cuisine » et » Le Grand Paris du bout des doigts « vous réservent de belles surprises.

Sur le site Kibookin

En plus de la sélection par tranches d’âge, la Pause Kibookin nous présente le scénariste de bandes dessinées Fabien VEHLMANN qui se confie sur son expérience de lecteur et son travail d’écriture.

Actualités éditeurs/auteurs

HongFei nous fait découvrir :

  • Si j’étais ministre de la Culture, de Carole FRECHETTE et Thierry DEDIEU : que serait notre monde sans culture ? Un manifeste aux couleurs de la résistance, pour exprimer et partager une conviction profonde avec fougue et humour ; dès 8 ans.
  • C’est comme ça que je t’aime, de Gan DAYONG : Petit Lapin demande à sa maman si elle l’aime vraiment. Avec sa maman Petit Lapin apprend ainsi à reconnaître les signes d’expression de la tendresse, avant de trouver comment dire les choses à sa façon ; dès 4 ans.

L’école des loisirs revient avec 3 aventures d’Olie-Boulie, de Claude Ponti ; dès 2 ans :

  • Les trois collectiones 
  • Madame-neige 
  • La monstre

Les Grandes Personnes conseillent :

  • L’évasion, de Vincent BROQUAIRE : avec poésie l’auteur orchestre une grande évasion, non pas du lecteur mais des personnages du livre eux-mêmes ; pour tout public.

L’Etagère du bas présente :

  • Mamita Sandwich, de Julien BAER et Camille de CUSSAC : un sandwich puissant à l’omelette, un hot-dog, un pan-bagnat, voilà un exemple de ce qu’on peut trouver dans le grand panier de Mamita Sandwich. Mais pourquoi et qu’est- ce qu’elle fait avec tous ces sandwichs ? Dès 5 ans.

Hélium propose :

  • Nom d’un ours, de Marco VIALE : l’album bouscule nos idées préconçues sur les ours, qui ne sont pas forcément les rustres que l’on croit ; dès 4 ans.

La Partie nous informe que

  •  La série des petits imagiers de Janik COAT s’agrandit avec 2 titres : La montagne et La maison de Bernie : avec ses images au pochoir et son petit format, cette série est parfaitement adaptée aux petites mains ; dès 1 an.

Talents Hauts conseille :

  • Le vilain roi Vikain, de Céline CLAIRE et Laura GIRAUD : 4 enfants grandissent dans un pays magnifique, mais les habitants y vivent dans la peur. La faute au tyrannique Roi Vikain qui impose des règles absurdes. La révolte gronde et les enfants mettent le feu aux poudres. La force de l’enfance face à la tyrannie : un message universel ; dès 3 ans.

Cot Cot Cot éditions présentent

  • Préparer le bouillon, un album coréen de Lee SANGKYO § BAMCO (traduction par C. Gryson) : la préparation d’un bouillon à base d’anchois donne lieu à un ballet comique et tendre entre un père et son enfant. Le bouillon réconforte aussi bien le ventre que les cœurs ; dès 3 ans.

(Lee Sangkyo a reçu plusieurs distinctions littéraires et Bamco a reçu une mention spéciale en 2020 à la Foire de Bologne.

Des nouvelles d’une ancienne invitée :

Lucie FELIX, notre invitée en 2022, nous annonce La machine à confettis  (chez Les Grandes Personnes) : Et si tourner les pages devenait un jeu ? Ce livre invite à lire autrement ; dès 18 mois.

Lucie Félix est sélectionnée pour le prestigieux prix Astrid Lindgren Mémorial Award 2026. Ses livres objets ont apporté un véritable renouveau dans le livre pour les tout-petits.

Voir aussi : https://lire95.fr/retour-sur-la-rencontre-avec-lucie-felix/

Et aussi :

Le musée Guimet se met à l’heure du manga : l’exposition exceptionnelle Manga tout un art s’adressant à toutes les générations pour redécouvrir leurs héros emblématiques (6 place d’Iéna, Paris 16ème ; jusqu’au 9 mars 2026).




La ville d’Argenteuil organise son 13èmeSalon du livre du 7 au 8 février 2026 en collaboration avec son partenaire, la librairie Le Presse- Papier, au Lycée Julie-Victoire Daubié, 9 rue Louis-Massignon. Thème :
Elle court la Banlieue.

C’est la Fête du livre à Domont :

la Salle des Fêtes Régis Ponchard accueillera la 29e édition de la Fête du Livre organisée par

ADL, Association pour le Développement de la Lecture. Du 14 au 15 février, de 10h à 18h, 4, Rue de la Mairie.

A bientôt

Marie Lou